- HERNANI.

Drame

1 541 vers.

Ecrit du 29 août  au 24 septembre 1829, reçu au Théâtre français le 5 octobre suivant.

 

Publication :Édition originale parue le 9 mars 1830.  ? Paris, Mame et Delaunay-Vallée, 1830. In-8°.

Cession faite pour la somme de 5 000 fr. comptant avec l’éditeur Mame pour l’impression de 2 300 ex. d’Hernani, 2 mars 1830.

 

Créé à la Comédie Française le 25 février 1830, décors de Ciceri,

Acte premier : Le Roi .

Acte deuxième : Le Bandit.

Acte troisième : Le Vieillard.

Actes quatrième : La Tombeau.

Acte cinquième : La Noce.

19 personnages + figurants :

HERNANI, alias Jean d’Aragon, proscrit………………………………………………..M. Firmin

DON CARLOS, roi d’Espagne…………………………………………………………..M. Michelot 

DON RUY GOMEZ DE SILVA, duc de Pastraña ……………………………………...M. Joanny

DOÑA SOL DE SILVA, fiancé de Ruy Gomez, amoureuse d’Hernani...……………….Mlle Mars.

LE ROI DE BOHÊME

LE DUC DE BAVIÉRE. 

LE DUC DE GOTHA.

LE BARON DE HOHENBOURG

LE DUC DE LUTZELBOURG.

IAQUEZ

DON SANCHO.

DON MATIAS.

DON RICARDO.

DON GARCI SUAREZ.

DON FRANCISCO.

DON JUAN DE HARO.

DON PEDRO GUSMAN DE LARA

DON GIL TELLEZ GIRON.

DOÑA JOSEFA DUARTE.

Premier Conjuré, deuxième Conjuré, Troisième Conjuré.

Un Montagnard.

Une Dame.

Conjurés de la ligue sacro-sainte.

Allemands et Espagnols.

Montagnards.

Seigneurs.

Soldats, Pages,

Peuple, etc.

La scène se passe en 1519 : (I et II : château à Saragosse – I : une chambre à coucher. – II : patio du palais de Silva. – III : galerie des portraits du château de Silva dans les montagnes d’Aragon. – IV : tombeau de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. – V : terrasse du palais d’Aragon à Saragosse.)

 

Hernani, écrivait Fernand Gregh en 1933, a la jeunesse, la jeunesse irrésistible, le sang prompt et étincelant des vingt ans.

 

PIÈCES RELATIVES A LA CENSURE DE « HERNANI »

citées ou mentionnées dans le catalogue de la vente Lucas de Montigny (30 avril 1860) (1)

 

Rapport du Comité du Théâtre Français sur HERNANI, drame en cinq actes et en vers, signé par MM. Brifaut, Chéron, Laya et Sauvo. Paris, 23 octobre 1829 ; 4 grandes p. pl. in-fol. Ecriture serrée et très fine. Il se termine ainsi:

« Quelque étendue que j'ai donnée à cette analyse [d'Hernani] elle ne peut donner qu'une idée imparfaite de la bizarrerie de cette conception et des vices de son exécution. Elle m'a semblé être un tissu d'extravagances, auxquelles l'auteur s'efforce vainement de donner un caractère d'élévation et qui ne sont que triviales et souvent grossières. Cette pièce abonde en inconvenances de toute nature. Le roi s'exprime souvent comme un bandit, le bandit traite le roi comme un brigand. La fille d'un grand d'Espagne n'est qu'une dévergondée, sans dignité ni pudeur, etc. Toutefois, malgré tant de vices capitaux, nous sommes d'avis que, non seulement il n'y a aucun inconvénient à autoriser la représentation de cette pièce, mais qu'il est d'une sage politique de n'en pas retrancher un seul mot. Il est bon que le public voie jusqu'à quel point d'égarement peut aller l'esprit humain affranchi de toute règle et de toute bienséance.

 

Note du baron Trouvé, au rapport qui précède, indiquant les corrections ou suppressions demandées par M. Rives au drame d'HERNANI, 3 p. in-4° :

 

« Malgré l'avis de la commission qui veut qu'on livre au public cette pièce telle qu'elle est, on pense qu'il convient d'exiger :

1 ° Le retranchement du nom de Jésus partout où il se trouve ;

2° A la page 27 et 28 de substituer aux expressions insolentes et inconvenantes

Vous êtes un lâche, un insensé...

adressées au roi, des mots moins durs et moins pénétrants ;

3 ° A la page 28, dans le même sens, ce vers doit être changé :

Crois-tu donc que les rois, à moi, me sont sacrés !

4° Page 59, supprimer ou changer le commencement du vers :

Un mauvais roi...

On peut rester, par réticence, sur la fin du vers pré­cédent:

... Roi don Carlos, vous êtes

Mais on craindrait d'odieuses allusions à ce passage ;

5° Remplacement de ces deux vers, page 71 dont le sens est trop amer et l'expression trop dure, en parlant des courtisans :

Basse-cour le roi, mendié sans pudeur,

A tous ces affamés émiette la grandeur.

6° Pages 73 et 74 commençant par ce vers :

Pauvres fous (les rois) ! qui, l'oeil fier, le front haut, visent droit

A l'empire du monde et disent : J'ai mon droit !

Ils ont force canons rangés en longues files,

Dont le souffle embrasé ferait fondre des villes ;

Ils ont vaisseaux, soldats, chevaux... et vous croyez

Qu'ils vont marcher au but sur les peuples broyés.

Baste !. Au grand carrefour de la nature humaine,

Qui mieux encor qu'au trône à l'échafaud nous mène,

A peine ils font trois pas qu'indécis, incertains,

Tâchant en vain de lire au livre des destins,

Ils hésitent, peu sûrs d'eux-même, et dans le doute

Au nécroman du coin vont demander leur route.

Cette paraphrase du mot de Frédéric :

Dieu est du côté des gros bataillons...

semble devoir être retranchée à cause du ton général du couplet du Droit attaqué et de l'Echafaud. Le sens et le commentaire tolérables de cette pensée se trouvent suffisamment dans les vers qui précèdent ceux-ci... »

 

Observations des membres de la commission du Théâtre Français, en réponse à la note du baron Trouvé qui précède, sur le drame d'HERNANI, signées par MM. Brifaut, Chéron, Laya et Sauvo. Paris, 30 octobre 1829, 1 p. pl. et demie in-fol.

 

Nouvelle note autographe signée du baron Trouvé sur les corrections et suppressions à faire au drame d'HERNANI. A la suite se trouvent plusieurs lignes aut. sig. de M. Rives approuvant divers passages, avec la date du 11 novembre 1829, 3 p. pl. in-4°.

« Dans une très longue conversation que M. Trouvé vient d'avoir avec M. Victor Hugo, relativement aux suppressions exigées dans sa pièce d'Hernani, ce littérateur se borne à réclamer contre quatre. Les trois premières lui paraissent purement littéraires, parce que ce sont des mots de situation qui n'ont aucun but politique. Don Carlos, âgé de 19 ans, a enlevé une Espagnole. Un brigand, qui en est aimé, poursuit le prince, etc. »

 

Note autographe signée de M. Brifaut et signée par M. Sauvo, comme commissaires au Théâtre Français, au sujet du drame d'HERNANI. Paris, 12 février 1830, 1 p. in-4°.

« La plupart des changements demandés à l'auteur ont été faits de manière à satisfaire l'autorité ; mais il est resté quelques parties de phrases, quelques expressions condamnées, et auxquelles l'auteur n'a rien substitué... »

Lettre autographe sign. de M. Brifaut, à M. le baron Trouvé, au sujet du drame d'HERNANI. Paris, 13 février 1830. — Et une page aut. de corrections pour ce drame.

 

LETTRE DE TROUVÉ A V.H. entre le 13 et le 20 février 1830

Monsieur, il m'est agréable d'avoir à vous annoncer que Son Excellence, faisant droit à vos observations que je me suis empressé de mettre sous ses yeux, a bien voulu consentir au rétablissement de quelques passages supprimés dans Hernani. Vous êtes donc autorisé à laisser subsister sur le manuscrit visé les expressions suivantes adressées à Don Carlos : lâche, insensé, mauvais roi.

TROUVÉ.

 

BRIFAUT AU RÉDACTEUR DU MONITEUR » lettre publiée le 6 mars 1830

On a singulièrement dénaturé, dans quelques journaux, les circonstances d'un fait qui serait sans importance si le nom de M. Victor Hugo ne s'y trouvait pas attaché. Voici, Monsieur, comment les choses se sont passées

vers la fin de l'année dernière, à l'une des séances du Comité de l'Odéon dont je fais partie, on parla du nouveau drame d'Hernani et l'on en cita des vers très ridicules. Je dis que je connaissais la pièce, que je n'y avais point lu ces vers attribués méchamment à l'auteur, mais que, par malheur, elle en renfermait d'autres qui, sans être aussi étranges, ne valaient guère mieux, -Alors j'en rapportai trois, les seuls en vérité, que ma mémoire ait pu ou voulu, retenir. On rit, et j'en fis autant. Nous étions quatre ou cinq personnes à cette réunion. Un ami de M. Victor Hugo, membre du même Comité, arriva un moment après ; la séance n'était point encore commencée ; quelqu'un lui conta notre conversation qu'il alla redire à celui qu'elle intéressait, le tout sans mauvaise intention ; son nom suffit pour m'ôter tout soupçon à cet égard ; mais l'affaire eut des suites. L'auteur d'Hernani m'écrivit d'un style un peu amer pour se plaindre de mon indiscrétion. Ma réponse se ressentit de l'impression désagréable que m'avait laissée le ton de sa lettre ; cependant, après lui avoir avoué la vérité, que je ne dissimule jamais, dût-elle me nuire, je lui promis de ne plus répéter ses vers, quand ils pourraient prêter à la raillerie, l'assurant que je trouvais beaucoup plus de plaisir à citer les belles strophes ou les brillantes tirades qu'il crée avec une si heureuse facilité. Voilà tout ce qu'il y a de vrai dans ce qu'on a raconté ; voilà tout mon crime. Quant au reste, je ne sais ce que cela veut dire. La copie frauduleuse du manuscrit d'Hernani, la falsification du texte, les lectures de l'ouvrage chez des particuliers, les vers livrés à des journalistes, sont des infamies dont je n'ai pas à me justifier. Je suis persuadé que M. Victor Hugo, en qui j'ai toujours reconnu autant de loyauté que de talent, est étranger aux imputations calomnieuses auxquelles a donné lieu un fait très insignifiant par lui-même ; qu'il me rend la justice que je me plais à lui rendre et qu'il sera le premier à désavouer des amis imprudents qui me reprochent des bassesses qu'il leur serait aussi impossible de prouver qu'il m'est impossible d'y descendre.

 

NOTE SUR LES SOURCES HISTORIQUES DE « HERNANI »

adressée par V.H. aux journaux le 24 février 1830 avec prière d'insérer.

Il est peut-être à propos de mettre sous les yeux du public ce que dit la chronique espagnole de Alaya - (qui ne doit pas être confondu avec Ayala, l'annaliste de Pierre le Cruel), touchant la jeunesse de Charles Quint, lequel figure, comme on sait, dans le drame de Hernani. ,

" Don Carlos, tant qu'il ne fut qu'archiduc d'Autriche et roi d'Espagne, fut un jeune prince amoureux de son plaisir; grand coureur d'aventures, sérénades et estocades sous les balcons de Saragosse, ravissant volontiers les belles aux galants, et les femmes aux maris, voluptueux et cruel au besoin. Mais, du jour où il fut empereur, une révolution se fit en lui (se hizo una revolucion en el) et le débauché Don Carlos devint ce monarque habile, sage, clément, hautain, glorieux, hardi avec prudence, que l'Europe a admiré sous le nom de Charles Quint. " (Grandezas de España, descanso 24.)

Nous ajouterons que le fait principal du drame de Hernani, lequel sert de dénouement, est historique.

(1) Œuvres complètes de Victor Hugo, Edition chronologique J. Massin, tome III

 

Les reprises :

1838, 20 janvier à la Comédie-Française avec : Marie Dorval (Doña Sol) ; Firmin (Hernani) ; Joanny (Don Ruy Gomez de Silva ); Ligier (Don Carlos) pour 12 représentations.

1841 (8 fois) avec Beauvallet

1842 (1 fois)

1843 (2 fois)

1844 avec Mme Mélingue

1845

1847

1849 4 représentations.

1867, le 20 juin, reprise d’Hernani à la Comédie-Française, mise en scène d’Auguste Vacquerie, avec :

Melle Favart  (Doña Sol), Delaunay (Hernani), Bressant (Don Carlos), Maubant (Ruy Gomez).

Grand succès la pièce sera jouée 71 fois jusqu'au 27 décembre 67.

1868 8 représentations.

1869 4 représentations.

1870 4 représentations.

1877 Comédie-Française avec Sarah Bernhardt (Dona Sol), Maubant (Ruy Gomez), Mounet-Sully (Hernani), 21 représentations sont données.

1878 90 représentations.

puis chaque année une dizaine de représentation à l’exception de 1883. Il sera donné 491 représentations entre 1867 et 1914.

1920 avec Mme Segond-Weber (Doña Sol), Albert Lambert (Hernani), Raphaël Duflos ( Don Carlos) Silvain (Ruy Gomez).

1920 à 1938 la pièce est reprise très régulièrement et totalisera 142 représentations.

1979 Gaiety-Theater de Londres

1952 3 avril Comédie-Française, mise en scène de Henri Rollan, décors de Mariano Andreu, avec : André Falcon (Hernani), Mouise Conte (Doña Sol).

1963 25 avril à Paris Théâtre de l'Ambigu, mise en scène de Julien Bertheau ; spectacle interprété par Compagnie Anne Carrère-Favre-Bertin.  Avec : Michel Herbault (Hernani); Jean-François Calvé (Don Carlos); Anne Carrère (Doña Sol).

1968 18 juillet, Saint-Malo Château de la duchesse Anne, cour au cours de : Festival d'Art dramatique de Saint-Malo, mise en scène de Marcel Lupovici ; décors de Jean Lamorlette Musique : Jean Jusforgue Avec : Wanda Kérien (Doña Josepha Duarte); Jean-Louis Jemma (Don Carlos); Christine Fersen (Doña Sol);

1969 15 octobre, Saint-Maur Hôtel de Ville, Théâtre, mise en scène de Marc Renaudin ; décors de Jacques Correarre., Avec : Bérengère Dautun ; Jean Martinelli.

1974  08 octobre, Paris Théâtre Marigny, spectacle de Comédie-Française mise en scène de Robert Hossein ; décors de Jean Mandaroux ; costumes de Sylvie Poulet, musique : André Hossein Son : Bernard Guillaumat.

1975 15 septembre, Paris Théâtre Marigny , spectacle de Comédie-Française mise en scène de Robert Hossein, avec : François Beaulieu ; Geneviève Casile.

1977 16 novembre, à Mâcon, spectacle de Pavés de Paris en co-production avec Action Culturelle de Mâcon et Agora ; mise en scène de José Valverde ; décors de Jean-Michel Quesne et Josette Vanson ; costumes de Jean-Michel Quesne. Musique : François Proust.

1978 28 novembre, Arras Théâtre Municipal, spectacle de Pavés de Paris mise en scène de José Valverde

1981 20 janvier, à Paris Cartoucherie de Vincennes, spectacle de Atelier de l'Epée de Bois

1982 22 avril à Paris Cartoucherie de Vincennes, Théâtre de la Tempête, spectacle de Atelier de l'Epée de Bois ; mise en scène de Antonio Diaz-Florian

1982 12 octobre, Sarcelles Forum des Clochettes, spectacle de Atelier de l'Epée de Bois.

1985 31janvier, Paris Théâtre National de Chaillot, mise en scène de Antoine Vitez ; décors de Yannis Kokkos ; costumes de Yannis Kokkos ; chorégraphie de Caroline Marcadé, musique : Georges Aperghis Eclairage : Patrice Trottier Combats réglés par Raoul Billerey, avec Aurélien Recoing dans le rôle-titre, Jany Galsaldi, Antoine Vitez, Rdjep Mitrovista (Don Carlos).

Il sera joué, 39 représentations dans cette année.

1987 06 mars, à Paris Cité Internationale Universitaire de Paris, la Resserre, mise en scène de Jean-Michel Vanson ; décors de Jean-Miche, & Vanson ; costumes de Josette Lugand, Marionnettes : Robert Brennen, Musique : Françoise Proust.

 

 

Bibliographie :

Victor Hugo, oeuvres complètes,tomes Théâtre I & II, collection Bouquins février 2002.

Victor Hugo Théâtre complet tomes I & II. Bibliothèque de la Pleïade. Notices et notes par J.-J. Thierry et Josette Mélèze. Édition Gallimard.

Victor Hugo et le Théâtre’Stratégie et dramaturgie’ Jean Gaudon 1885. Éditions Suger.

La Gloire de Victor Hugo, catalogue Galeries nationales du Grand palais, Paris 1er octobre 1985-6 janvier 1986.

Pleins feux sur Victor Hugo. Arnaud Laster. Comédie-française 1981.

Catalogue de la Bibliothèque nationale pour l’exposition Victor Hugo ‘Galerie Mazarine’ à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa naissance 1952.

Victor Hugo et le Théâtre, album pochothèque, présentation et iconographie par Anne Ubersfeld

Victor Hugo Juliette Drouet 50 ans de lettres d’Amour 1833-1883, présentation Gérard Pouchain, éditions Ouest-France février 2005.

Histoire du Théâtre national de l’Odéon, journal de bord 1782-1982 de Christian Genty, éditions Fischbacher-Paris, février 1982.

 

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