Toute la critique du XXe siècle s'est montrée sévère
pour le théâtre de Hugo. C'était même devenu un lieu commun pour elle que de dénoncer
la médiocrité de ce théâtre par rapport au reste de son oeuvre. Mais de tout le
répertoire du XVIIIe et du XIXe siècles, le théâtre en vers de Hugo
est le seul qui tienne encore la scène avec celui des trois grands classiques
du XVIIe. Je dis en vers,…
Il reste que certains passages des pièces de Hugo comptent parmi les plus beaux
morceaux de notre poésie dramatique ; qu'en ce qui concerne Ruy Blas son
apostrophe aux ministres continue à mériter d'être célèbre et d'être citée; et
que Don César de Bazan dessine une figure inoubliable, de laquelle relèvent
tant d'autres personnages qui sont « ses créanciers, suivis de leurs petits ».
Et puis, et surtout, tout cela est encore, tout cela vit d'une vie certes plus décorative
que profonde, mais réelle, dans nos mémoires ou même sur les planches; tout
cela a une existence lyrique ou épique ou parfois même proprement dramatique… Il
reste dans ce théâtre de Hugo une densité d'action, de rêve, d'éloquence, de
pathétique ou de gaieté indiscutable, indubitable, aussi évidente que le jour;
Hugo a dressé, sinon des corps ayant les trois dimensions autour desquels on
peut tourner, du moins des profils d'êtres, d'êtres de toutes espèces,
silhouettés sur le fond de la vie; et c'est beaucoup, faute d'avoir été Shakespeare,
comme c'était l'ambition du jeune Hugo, de demeurer, dans un siècle glorieux d'art
et de lettres, l'homme qui aura offert à la foule française le miroir où elle
se sera mirée, sinon le plus authentiquement, du moins le plus pathétiquement,
et somme toute, si la poésie la plus belle est la plus haute, le plus poétiquement.
Fernand GREGH
de l’Académie française.
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LES DEUX TROUVAILLES
DE GALLUS |
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