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Sophie Trébuchet, femme Hugo, « à M. Lenormand Dubuisson, juge au tribunal civil de Nantes », son grandpère, le 19 novembre 1797 (29 et non 23 brumaire an VI ) Mon cher papa, des lettres de
mon frère et de Hugo vous
ayant annoncé notre heureuse arrivée à Paris, et mon mariage qui a eu lieu il y a quatre jours, il ne
me reste plus qu'à
vous parler du bonheur qu'il me promet, qui sera, sans doute, parfait, puisque j'ai trouvé dans mon époux toutes les qualités qui
caractérisent I’honnête homme. Je suis persuadée que je serai
infiniment heureuse avec lui. Sa sensibilité, son attachement pour ses parents,
celui qu'il ressent
déjà pour vous, tout me garantit la bonté de son cœur et la durée de ses sentiments, En consentant à mon union avec mon cher Hugo,
vous avez mis le comble
à tous vos bienfaits, Aussi vous en suis-je infiniment reconnaissante, Jeannette m'avait dit que
votre intention
était de nous donner quelques serviettes, cela nous
fera plaisir. Vivant chez nous et le linge étant extrêmement cher ici, si vous vouliez
avoir la bonté d'y joindre deux paires de draps et deux ou trois nappes, nous vous en serions bien obligés. Comme je prévois que la malle ne
sera pas pleine, si vous
vouliez aussi avoir la bonté de nous envoyer dix livres de café et douze livres de sucre au prix de vingt cinq à trente sols, les
marchandises coloniales n'ont point de prix dans cette ville immense. Vous nous enverriez la note, et de suite, nous vous en ferions passer le
montant en un reçu, si cela vous était égal.
Je vous prie de dire aussi à
Jeannette de mettre dans la malle deux robes à ma mère (suit la description des robes) : j'en ai besoin pour quelques arrangements de ménage et j'en
tiendrai compte à ma sœur... Je suis avec
respect, mon cher papa, votre très
obéissante fille. TREBUCHET HUGO P.S. Je prie Jeannette de ne pas oublier les couteaux. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold Hugo à Marie-Joseph
Trébuchet, son
beau-frère, le 22 octobre 1798 ...Quand j'écris à mes amis ou
à des parents que j'aime, la source de mon style part de mon cœur et d'elle ne découlent que des expressions
pleines de franchise. A quoi servent ces beaux discours qu'on ne pense pas, ces périodes brillantes
que le sentiment repousse ?... Ah ! si la carrière des
armes que j'ai embrassée trop tôt pour mes goûts (puisqu'à peine militaire, j'ai été forcé d'abandonner les sciences) eût
permis que je m'adonnasse au dessin, à
l'allemand, à la musique que j'avais commencés,
aujourd'hui je me récréerais le matin en traçant un léger paysage, je parlerais allemand le jour et je
me désennuierais le soir. On ne peut
plus travailler pour sa propre instruction,
quand on remplit des fonctions publiques. Si la paix se fait, je réparerai le temps perdu, si, toutefois, je ne
m'aperçois pas alors qu'il est trop tard. ...Votre sieur se porte bien à Paris, très bien, ma
foi, et le travail auquel elle se dispose ne
l'incommode nullement. Elle s'amuse ;
elle a fait peu d'amies, mais elle les a bien choisies, très bien. Il est vrai que notre
position est différente de celle dans
laquelle vous nous avez vus. Alors,
nous étions seulement en ménage, nous n'étions que très peu à notre aise ; aujourd'hui cela va mieux. J'avais alors l'inquiétude de
faire partie de l'armée d'Angleterre et nous n'en avons fait partie que sur le tableau. Ce n'est pas, mon ami,
que j'eusse craint les dangers et les fatigues, mais je délaissais une nouvelle épouse, et cela n'est pas
régalant. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à M. J. Trébuchet, le 16
novembre 1798 (26
brumaire an VIl) (Il annonce à son beau-frère la
naissance d'Abel ; il dit
son désir de faire en famille le voyage de Nantes et de faire
la connaissance du grand-père Lenormand). Le petit enfant pourra-t-il
supporter cette longue route ? Je le
pense et le degré de ses forces nous fera juger si nous pouvons prudemment nous mettre en voyage. Car vous ne doutez
pas, mon cher frère, que Sophie veut être tout à fait mère de son enfant, qu'elle ne veut pas
l'abandonner à un sein étranger,
avant d'avoir essayé de lui donner le sien; qu'elle veut, en nourrissant elle-même son poupon, ne faire couler
dans ses veines qu'un sang de famille, source
des habitudes et trop souvent guide de la vie. Né d'honnêtes gens, il doit avoir leurs principes et il ne sucera dans le sein de sa mère aucun des
vices qui dégradent tant d'êtres dans
la société. Sophie, en se chargeant de nourrir
son enfant, obéit à la nature ; elle
aura des peines ; mais aussi que de jouissances ne se procurera-t-elle pas ? Elle jouira du premier sourire de l'innocence et verra prospérer sous ses yeux ce qu'elle aura de plus cher. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à M,-J. Trébuchet, le 13 mars 1799 (23 ventôse an Il) (Me voilà maintenant) installé
dans mes nouvelles fonctions; depuis le 16, je suis logé à l'École militaire. Mon épouse et mon
fils m'y ont suivi, et l’un comme l'autre ne
semblent pas s'y déplaire, la maman parce qu'elle étend sa vue sur les fertiles coteaux de
Vaugirard, sur les plaines qui
bordent la Seine, sur des avenues que le printemps va rendre charmantes; le petit Abel, parce qu'il aime le bruit
des tambours, qui se fait entendre du matin au soir... Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à M. J. Trébuchet, le 6 mai 1799 (17 floréal an VIl) ... Si je vous parle en père de mon
Abel, vous ne me croirez
point. Je ne veux vous répéter que ce que j'en entends dire et d'avance je vous atteste que c'est
la vérité. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à M.-J, Trébuchet, le 13 juin 1799
(25
prairial an VII) ...Le moment le plus pénible de ma vie
est arrivé ; je pars et suis
forcé de me séparer de mon épouse chérie et de mon cher Abel, Tous deux ont pris, hier,
tristement la route de Nancy et
demain je vais prendre celle de Worms,
prés Mayence ; mon cœur est dans la même situation que le leur. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold Hugo à Sophie, née
Trébuchet, sa femme,
le 3 juin 1800 Au Quartier Général de Memmingen, le 14 prairial et à onze heures du soir. A cheval depuis quatre heures du
matin, j'arrive en ce moment, Depuis plusieurs jours j'étais désolé de ne recevoir aucune lettre de toi ; ton image, ta chère image, ne sortait point de mon esprit et cela en
revenant sur les lieux que j'avais quittés le
matin, je me flattais du bonheur, du plaisir de recevoir de tes
nouvelles. Hélas, je n'ai point été trompé ! Mais de
quels coups douloureux mon âme est atteinte ! Elles n'ont point répondu à
mes espérances. Non, Sophie, non, tu n'as jamais
connu l'attachement de ton époux qui t'adorera toujours, quand tu lui écris avec des expressions si peu ménagées ; tu connais bien peu l'état de son cœur, l'état du tien n'est pas tel
que. tu l'annonçais
; il n'y a eu de vrai jusqu'à
présent que l'attachement inviolable, que le tendre cœur de ton époux; tout le reste n'est que le fruit d'une trompeuse idée. Méritais-je, dis-moi, méritais-je d'être
si cruellement traité, moi qui n'eus jamais d'autre désir que celui de te plaire ! Quand, pressentant les suites
d'un ennui qui pouvait être funeste à ta santé, je m'empressai de consentir à
ton voyage à
Nantes, je voulais qu'il eût. lieu et te procurer tout ce que tu pouvais désirer;
je voulais conserver ma chère Sophie, la conserver pour moi. Je ne désapprouve donc pas ta joie de quitter
Nancy, d'aller revoir une famille chérie, mais cela est exprimé d'une manière qui me perce le cœur. Si je m'opposai à ce que tu
vinsses me joindre, j'avais des raisons légitimes et solides; j'avais des
craintes malheureusement trop justifiées,
puisque mes derrières sont le théâtre des vengeances, des assassinats, et que
tu en eusses été la victime. Il te fallait ou me joindre, chose impossible, ou refréner tes ennuis, te rendre à la santé.
Aussitôt, j'adhérai à tes désirs, je t’écrivis, je t'accordai mon consentement et il y a deux jours que je t'envoyai 150 francs pour qu'avec tes autres moyens tu fisses commodément ton voyage. Quel est le prix de ma conduite?
Pèse bien, Sophie, ces expressions; ton âme, qui n'a jamais été dans l'état de la mienne, n'en a peut-être pas
senti la force, la conséquence. Tu parles de ton voyage et tu dis : « Celui que j'entreprends est
bien long, mais le terme en sera la tranquillité et peut-être le bonheur; d'ailleurs, je viens de recevoir du Dr Labbé
une lettre, je sais lui répondre et l'instruire de mon départ, je pense que je pourrai rester quelque temps
chez. lui à me reposer; j'emmène
Abel avec moi, je serais bien fâchée de l'abandonner dans un pays auquel je dis adieu pour
toujours. » Pour trouver la tranquillité et
le bonheur, dis adieu pour toujours à Nancy, j'y consens; mes seuls, mes uniques vœux furent toujours pour ton bonheur. S'il fut
imparfait, il n'a
pas dépendu de moi qu'il fût autre; j'ai répondu à ton amour de la manière la plus tendre, la plus
sincère; mais je t'ai quittée sans
l'avoir désiré et, sans me le dire, tu
m'en fais un crime. C'est une injustice ; plus lard, Sophie, tu en sentiras la conséquence, non que je
cherche jamais à te forcer au repentir, mais parce que je n'ai jamais mérité de reproche. Tu dis adieu pour
toujours à Nancy ! Hélas ! sache
donc pourquoi je désirais t'y revoir, te le dirais-je ? Je puis
être blessé et me faire conduire à Nancy
; là tes soin, eussent soulagé mes maux, eussent peut-être conservé mes jours, A trois cents lieues
de toi, je puis l'être également,
j'irai alors dans un hôpital, où, le
chagrin dans le cœur, je finirai, en t'aimant bien et toujours, une carrière qui va me devenir
insupportable. Je ne recevrai
maintenant de tes nouvelle, que tous les mois et je sens qu'il m'en faut tous les jours, je ne cherche pas à
t'abuser par les phrases éloquentes, c'est la vérité que je t'écris, que je trace ici d'une manière pénible, car ta lettre m'a mis dans un état dont je ne
puis définir la douleur, déjà vingt
fois j'ai failli cesser de faiblesse. Continuons « Je suis étonnée que tu me
l'assignes pour domicile quand tu sais combien je m'y déplais et que toi-même tu le détestes ; c'est sans doute pour le temps que tu comptes rester éloigné, mais tu te trompes si tu crois que
j'y reviendrais, Rendue chez moi, je
ne me déplacerai plus; tu seras
toujours le maître de m'y retrouver ainsi que tes enfants, quand tu
voudras vivre avec nous. Adieu, porte-toi
bien; je t'embrasse, comme je t'ai toujours aimé. » (1) Je ne puis achever ma lettre; si l'état dans lequel la tienne me met continue, je ne la remettrai pas moi-même à la
poste : je suspends, je suis malade à ne
pouvoir me soutenir
; demain je ferai
un effort pour pouvoir achever, Que je suis malheureux ! Que j'ai passé une cruelle nuit ! Il y a à peine trois heures que je me suis jeté sur mon lit, je n'ai pu
fermer l’œil, une
fièvre brûlante m'a interdit tout sommeil ; le jour
paraît et je me jette tout trempé de sueur à la table où j'ai commencé ma lettre, Cruelle
et trop aimée Sophie, voilà l'effet de quelques phrases trop dures, Hélas! Je ne t'assignais qu'un domicile passager, doux à
mon cœur parce qu'il te tenait rapprochée de moi, mais qui ne m'était quelque chose que
par toi ; je ne comptais pas t'en faire un séjour éternel ; je voulais qu'à portée de recueillir mes épargnes, tu
les recueillisses avec soin, afin qu'un jour elles pussent m'aider à des formations d'un établissement paisible, où
je pusse couler avec toi des jours filés par la tendresse; il n'est que trop vrai que je n'aime pas Nancy, que je ne puis aimer que les lieux qui te possèdent mais il
t'eût été possible de ne pas dire : une fois
rendue chez moi je ne me déplacerai plus ; tu seras toujours
le maître de m'y retrouver ainsi que tes enfants,
quand tu voudras vivre avec nous. N'est-ce pas me dire : Tu as consenti à ce que je
m'éloignasse de toi, c'est à toi à
venir me joindre, si tu veux; si tu ne veux pas, tu resteras où tu es, je m'en
moque, je puis maintenant me passer de toi. Voilà la conséquence que je tire de ce langage, et je n'en puis tirer
d'autre, elle est bien désolante
pour moi; et d'autant plus que je ne mérite point ce ton d'indifférence, que je ne
t'en ai jamais marquée, que je suis
incapable d'en ressentir pour toi.
Mais déjà l'air de ta famille t'a changée, et parce que tu vas trouver des amies, ton époux n'est plus
pour toi qu'une chose dont le retour
pour toi te devient absolument
indifférent, qui reviendra s'il veut, et qui, s'il ne veut pas, restera où il se trouve. Sophie, est-ce bien toi qui as
tracé ces sanglants caractères ? Sont-ils bien de la main de celle
qui, il y a peu de jours,
m'écrivait qu'elle ne pouvait sans moi supporter la vie, qui me recommandait de
conserver précieusement la mienne pour elle et nos enfants, A quoi me servira-t-il de la conserver? Si elle eut des
charmes pour moi, ce fut parce qu'elle me rendit ton cœur et qu'elle me conserve ton amour depuis
le temps que je suis ton époux ; mais aujourd'hui
elle m'est à charge et cette nuit, dans une fièvre brûlante, j'en examinais le terme comme un
bonheur, je fixais
avec plaisir mes yeux sur des machines de mort non destinées pour moi. J'allais... Je me suis
arrêté, non par la
crainte, je n'en ressentis pas, mais parce que je crus penser que tu m'aimais encore, que tu
n'avais écrit cette
lettre qu'avec irréflexion, et j'ai dit : Il faut attendre,
il sera toujours temps quand j'aurai reconnu que j'ai perdu son cœur. Ne m'abuse donc plus,
parlemoi
franchement, m'aimes-tu encore ? Ma conservation t'est-elle de quelque intérêt et si je consens à te
laisser dans ta
famille, m'y conserveras-tu un cœur fidèle, penseras-tu à moi ? Me donneras-tu
chaque jour de tes nouvelles ? M'y
peindras-tu chaque jour le sentiment véritable de ton cœur ?... (1). Par chance, la lettre de Léopold que nous citons recopie deux paragraphes d'une lettre de Sophie, assez significatifs déjà de sa manière, Les questions et les
exégèses de Léopold semblent inévitables. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à Sophie, le 8 thermidor an VIII (27 juillet 1800) Demain, peut-être,
ma bonne Sophie, je recevrai une de tes lettres et demain il me sera impossible d'y répondre, car je suis depuis plusieurs
jours occupé de l'instruction
d'une procédure criminelle infiniment délicate. Je t'ai dit hier que j'étais
plein de l'espérance d'aller te rejoindre. Je sens bien que si les hostilités recommençaient brusquement et contre
toute attente, je ne pourrais tenir ma promesse, mais tout me faisant présager
la paix, je ne me
permets même pas de douter que ce voyage me devienne possible. Soutiens-toi donc dans ta douce espérance. Tu sens
d'ailleurs trop bien, ma Sophie, à quel point je dois désirer te revoir pour que tu puisses penser que je négligerai les
moyens d'y parvenir. Le bonheur que j'attache à te presser contre mon cœur, l'idée que je me fais de te
tenir déjà sur un de mes genoux et Abel sur l'autre, le plaisir que j'éprouverai à baiser le flanc chéri qui porte
de nouvelles espérances à notre tendresse, tout, tout est pour moi un aiguillon puissant qui reportera bientôt dans
tes bras, soit que la paix se fasse (ou avec un congé), soit qu'elle ne se
fasse pas. Ce n'est
pas un azur comme le mien qui peut sentir à demi : il est trop sensible à la douleur et au plaisir pour que la moindre impression ne s'y grave. Juge donc
de son état quand il éprouve à la
fois l'amour le plus pur, la
tendresse la plus vive et les désirs les plus grands. Cette chère Sophie, mieux aimée qu'elle ne l'était
lorsque je quittai Châteaubriant,
cette mère estimable de deux êtres
chéris, peut-elle croire que je puisse indifféremment songer à mon retour près d'elle ?... Reçois ici tous les baisers de
ton Hugo, de ton amant, de ton fidèle époux et fais-les partager à notre intéressant Abel. Que fusses-tu devenue si
l'amour ne t'eût rendue mère du cher enfant. Il tient auprès de toi une place précieuse, il te désennuye, il t'offre encore un bonheur
dont je suis tout à fait privé. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à Sophie, le 3
août 1800 (15 thermidor an VIII) Le courrier est arrivé ce matin : j'ai examiné toutes les lettres de l'état-major et j'ai reconnu que j'étais le seul qui n'en recevrais pas. Me voilà mécontent pour toute la journée et ce qu'il y a de malheureux, c'est que mon visage va m'exposer vingt fois à la question: qu'avez-vous aujourd'hui, vous êtes triste? Cela ne doit pas t'étonner si tu te rappelles combien de fois tu me lis pour la même cause une question semblable... Beaucoup de gens ici n'ont que
des maîtresses, elles ne passent pas un courrier sans leur écrire. J'ai une épouse que je chéris au-dessus
de tout, pour laquelle je néglige parents,
amis, tout, et elle ne m'écrit que deux petites lettres dans quinze jours. Ton Hugo, Sophie, n'est
pas du tout
content. Si je ne reçois pas de lettre le
17, je n'écrirai pas; si je n'en reçois pas le 19, je ferai de même, et j'attendrai une lettre pour en faire une. Si le style des miennes ne te plaît pas, s'il peint
parfois trop ce que je sens, parle; je le
reformerai ; je me bornerai
à remplir sur quatre feuilles de tristes nouvelles, d'ennuyeuses descriptions et je ferai taire un
cœur qui murmure en ce moment de ce
que je t'écris. Eh bien changeons de
style ; ne grondons plus, et disons à Sophie : Tu dois sentir, ma tendre amie,
combien ton cher Hugo doit être affligé de ton silence; lui dont les seules jouissances sont de lire et de relire
tes lettres ; lui
qui depuis l'entrée
en campagne en porta toujours une sur son cœur; qui baisa toujours mille fois l'écriture de l'amante qu'il adore, de
l'épouse qu'il respecte, de celle qui lui tient lieu de tout. Que ne peux-tu en ce moment avoir la main sur mon cœur, sentir ses battements
précipités. Ah ! garde-toi de penser que ton ami cherche ici à te plaire par le
naturel du style, c'est le sentiment seul, le
sentiment qui dicte cette lettre comme
il dicta les autres. N'as tu donc
jamais observé que tout entier à toi, il m'est arrivé dans le cours de quelques lettres d'oublier en
entier notre Abel et de ne te parler de lui qu'un instant pour te dire que je l'embrassais, Dis-moi, mère sensible, qui peut dans un cœur comme le mien avoir
produit cet oubli ? Moi qui chéris
Abel, qui ne puis songer à lui qu'avec
regret, qui voudrais tant le caresser, lui qui est pour moi le second être de la nature ! N'est-ce pas celle qui règne
la première dans mon cœur, celle qui préside
à toutes me affections, n'est-ce pas
toi, ma Sophie adorée? Porte-moi
autant d'amour que j'en ressens pour toi,
et je vivrai heureux, S'il est possible de l'être, loin de ce qu'on aime; je te le répète, mes seuls
vœux sont d'être. de vivre et de
mourir avec toi; de l'aire ton
bonheur, de vivre fidèle à tes côtés, d'embellir tes jours par des caresses pures et naïves. Heureux celui qui comme moi
peut faire ce serment à une épouse
vertueuse, qui peut lui tenir lieu de tout et ne jamais lui causer de
chagrins et de peines ! Ce pauvre Abel, je ne
l'oublierai pas aujourd'hui, il aura sa place dans la lettre de son papa; sa maman y puisera des baisers
tendres qu'elle lui reportera; elle lui dira chaque jour que ce cher papa doit venir les caresser tendrement tous les deux, que chacun aura sa
récompense. Que tu es heureuse, Sophie
! Tu peux au moins l'embrasser
quand tu veux et moi je suis réduit à verser des larmes de regret en pensant à vous deux. Ecris-moi, je t'en conjure. Je
n'ai dans cette grande ville d'autre plaisir que celui que me procurent tes lettres, Je n'en cherche pas d'autre. Ma journée se
passe depuis mon arrivée ici à l'instruction
d'une affaire grave et sérieuse dont m'a chargé le général en chef. Je
ne cours, tu dois le savoir et t'en apercevoir, ni les cafés ni les femmes. Je
m'en porte aussi mieux que bien d'autres, car
beaucoup ici sont malades; il m'est
possible, en me conduisant de cette
manière, de songer à mon amie et elle
a dû se convaincre qu'il n'est personne sur la terre qui eût plus cherché à la
satisfaire que moi. Avec quelle impatience je reverrai la nuit heureuse
où, pouvant frapper trois coups au volet, la
porte me sera ouverte, et ma couche
préparée prés de ma Sophie. Quel effet produira
sur toi la voix qui te répondra sans trop se faire entendre ! Quelle impression sur moi fera aussi l'expression de ton inquiète curiosité ! Je ne
voudrai réveiller que toi seule; trop
d`importunité m'empêcherait de me
livrer à mes embrassements... Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à Sophie, le 10 décembre 1802 ,Marseille, le 19 frimaire Je suis allé hier à la
diligence ; le
conducteur de celle par
laquelle tu es partie n'est pas de retour, il ne le sera peut-être ni aujourd'hui ni
demain et voilà donc aujourd'hui demie jours que je suis sans nouvelles de toi; le chagrin que j'éprouve de ce silence me déchire le cœur... Es-tu plus heureuse que moi ? dis, ma Sophie. N'éprouves-tu pas le malaise le plus indéfinissable quand tu
songes à tes enfants, quand tu penses à leur
père ? Sens-tu comme moi toute la
faiblesse de notre langue, quand, animée
d'une forte passion, elle ne trouve pour l'exprimer que quelques mots qui ne
remplissent pas l'âme comme l'objet
dont elle est occupée? Quand dans mes lettres je t'appelle , ma Sophie, mon
amante, mon épouse, mon amie, mon cœur
dit plus qu'en l'appelant ma chère Sophie
; il le croit du moins, mais il n'est pas satisfait, Je voudrais rompre les
bornes étroites du langage pour exprimer tout ce qu'il éprouve, je voudrais diviniser ce que j'adore,
je voudrais tenir dans mes bras, sur mon cœur, la mère de mes petits enfants, Trop dure privation ! Tu n'es que trop partagée par elle. Elle met son
bonheur à te savoir fidèle ; qu'elle le goûte sans inquiétude, je le suis ; je t'aime trop pour ne pas l'être. Ton Abel, ton Eugène, ton Victor prononcent tous les jours ton nom. Jamais je ne leur
donnai tant de bonbons, parce qu'eux, comme moi, n'ont jamais eu de privation aussi pénible que
celle qu'ils éprouvent. Le dernier appelle plus souvent sa maman, sa « ma
maman, » et cette pauvre
maman n'a pas le bonheur de l'entendre. Si une larme coule à chacune de mes paupières, si
maintenant elles
inondent mon visage, elles feront des larmes de sympathie quand tu vas me lire.
N'est-ce pas, ma Sophie ? Ton Victor entre, il m'embrasse, je l'embrasse pour toi et lui fais baiser cette place... ('ici un intervalle blanc) …pour que tu y recueilles au
moins, dans ton éloignement, quelque chose de lui; j'y joins aussi le baiser le plus ardent, Je viens de lui
donner du macaron, dont j'ai soin d'avoir une provision dans mon tiroir et il s'en va courir, avec Nicolas, en le
suçant... Je t'ai écrit hier, Je ne ferai
pas partir la présente aujourd'hui, parce que peut-être recevrai-je aujourd'hui de tes nouvelles. Tu sais bien qu'un malade n'apprécie
la santé que lorsqu'il souffre. L'habitude de vivre avec toi, de te caresser, voilà ce qui peut-être donnait
moins de prix à notre amour ou le faisait moins sentir; l'absence, cette cruelle maladie de l'âme, me fait désirer la santé qui lui
manque, le retour et la possession de ma
bonne et sensible Sophie. A onzes heures C. était ici. Mme
Depierre m'a apporté une
lettre, j'ai reconnu à son empressement qu'elle la croyait de toi, et elle
avait raison, Avec quelle impatience j'ai rompu le cachet et avec quelle joie j'ai lu et relu cette charmante lettre ! J'ai beaucoup pleuré en la
lisant, mais
d'attendrissement, ma chère, mon incomparable amie, Je suis donc certain que tu
es en bonne santé, que notre séparation opère sur nous les mêmes effets, qu'elle ravive notre mutuelle
tendresse et nous prépare encore de beaux jours dans notre vie... Je viens de faire appeler tes
enfants, nos chers et bons petits enfants, je leur ai fait baiser ta lettre et leur ai donné des bonbons au nom de leur
maman adorée. Ils sont
retournés à l'école bien contents; ils en recevront, ma bonne amie, toutes les fois que
j'aurai des lettres de toi à leur faire baiser ; c'est une gratification qui leur viendra de toi. Peut-être, à présent, es-tu à
lire une de mes premières lettres ? Je
saurai bientôt la tienne par cœur. Si tu pouvais lire ce qui se passe dans mon cœur, que tu
serais heureuse par
la certitude que tu acquerrais d'être bien tendrement et bien fidèlement aimée ! Oui, ma Sophie, oui, je tiendrai
ma promesse; tu me reverras digne de tes chastes
baisers. Personne ne souillera ta place
auguste ; à table, dans ta couche, c'est
toujours moi qui l'occupai, ce sera
toujours moi qui l'occuperai. Ne crains rien de ma jeunesse, ni de la séduction
qui règne dans cette ville ; je sais
trop apprécier ce que tu fais pour ne
pas t'en donner une preuve. La première fois que tu reverras ton époux, l'amant qui t'adore, ses caresses seront aussi pures que les tiennes, aussi
franches, aussi vives, aussi
affectueuses. Que ton sommeil ne soit
donc pas troublé par de sombres inquiétudes : Hugo ne peut jamais aimer que
toi seule et ce qui t'appartient, son
cœur, son être, tout ce qui a rapport à toi, s'est fidèlement conservé.
Dors donc, ma tendre Sophie, ne pense à moi
qu'en me croyant digne de ta vénération. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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1802 |
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Année 1802 sans dates
précises. Réorganisation de l'instruction secondaire
- Création de la Légion d'honneur - Création
des chambres de commerce - Gay-Lussac : loi de dilatation des gaz.
Chateaubriand : Génie du christianisme - Staël : Delphine - Création des Annales de Statistique ou
Journal d'Économie.
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26 février
1802. Besançon : Naissance de Victor, Marie Hugo à
10 h 30 du soir fils de : - Joseph, Léopold, Sigisbert HUGO officier nancéien, chef de bataillon
de la 20éme 1/2 brigade demeurant à Besançon - Sophie, Françoise TREBUCHET née à Nantes, fille d'un armateur de Nantes Le médecin accoucheur, " Hélas
! Madame, il est chétif que je crains qu'il ne vive pas ". L'acte de naissance a été enregistré
par Charles, Antoine Seguin adjoint au Maire. Les témoins
qui signèrent l'acte de l'état civil furent Delelée
Jacques, chef de brigade, aide de camp du général
Moreau, et de sa femme née Anne Dessirier. Le petit Victor porte les prénoms
de ses parrain et marraine : l'adjudant Général Victor
Lahorie et de Marie, Anne Dessirier épouse Delelée. Description de la maison dans laquelle Victor Hugo est
né. 140, grande rue, demeure construite en 1761 par l'architecte
Colombot pour l'apothicaire Joseph Baratte. Maison de deux étages, cinq fenêtre à
chaque étage, trois mansardes dans le toit de vieilles tuiles
rouges. La porte d'entrée de l'immeuble se situe au centre,
surmontée d'un linteau en pierre, sculptée. En entrant
dans l'immeuble on emprunt un corridor sombre qui débouche
dans une cour. A droite il y a un escalier extérieur. C'est au 1er étage, dans un appartement loué,
comprenant 1 salon éclairé de trois fenêtres
et d'une chambre à coucher avec deux fenêtres.
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15 mars 1802. Léopold à Victor Fanneau de La Horie : " Nous avons reçu, ma femme et moi, mon
cher général, la lettre que vous nous avez particulièrement
adressée pour nous prévenir que vous acceptiez la
fonction que nous réclamions de vous. Nous avons été
très sensibles aux expressions dont vous vous servez et nous
sommes très reconnaissants de ce témoignage d'amitié. " " C'est le 6 que le chef de brigade Delelée
a reçu votre lettre ; c'est le 7 que nous sont parvenues
celles que vous nous avez adressées. Le même jour,
mon épouse est accouchée d'un fils (1). Elle a été délivrée plus heureusement
qu'elle ne s'y était attendue, ayant été singulièrement
gênée pendant sa grossesse. Je vous aurais écrit
plus tôt, mon cher général, si je n'avais voulu
vous dire comment se portaient l'accouchée et l'enfant. Nous
sommes au huitième jour, l'un et l'autre se portent aussi
bien qu'il est possible de le désirer. " " Nous avons nommé l'enfant Victor-Marie,
ce dernier nom étant celui de Mme Delelée. Vos intentions
et les nôtres sont donc remplies. Ma femme vous remerciera
pour tout ce que vous lui dites d'obligeant. Elles est sûres,
ainsi que moi, de l'intérêt que vous portez à
mes enfants, par celui que vous témoignez en toute circonstance
pour moi. Ce que vous venez de faire est un nouveau titre à
ma reconnaissance et doit cimenter plus encore les liens d'amitiés
qui nous unissent. Je ne négligerai rien pour continuer à
m'en rendre digne, et j'espère
conserver sans altération tous les sentiments que vous m'avez
voués. Je vous embrasse, ainsi que ma famille, du meilleur cœur
possible. " (1) Il y a des confusions de
dates dans ce courrier ?
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28 novembre 1802 . Sophie quitte Marseille pour Paris sans ses enfants sur
la demande de son époux pour rencontrer et supplier Joseph
Bonaparte de l'arracher une seconde fois à la 20éme
demi-brigade laissant ses trois enfants aux soins de la femme d'ordonnance
de Hugo : Claudine. Arrivée à Paris Sophie logera dans un hôtel
meublé (1) que Lahorie lui a trouvé au 76, rue Neuve
des Petits Champs non loin de chez lui qui demeure au 28, rue Galion. (1) hôtel de Nantes.
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10 décembre 1802. Léopold à Sophie Trébuchet : Ton
Abel, ton Eugène, ton Victor prononcent tous les jours ton
nom. Jamais je ne leur donnai tant
de bonbons, parce qu'eux, comme moi, n'ont jamais eu de privation
aussi pénible que celle qu'ils éprouvent. Le dernier
appelle plus souvent sa maman, sa "ma maman", et cette
pauvre maman n'a pas le bonheur de l'entendre. Si une larme coule
à chacune de mes paupières, si maintenant elles inondent
mon visage, elles feront des larmes de sympathie quand tu vas me
lire. N'est ce pas, ma Sophie ? Ton Victor entre, il m'embrasse, je l'embrasse pour toi
et lui fais baiser cette place pour que tu
y recueilles au moins, dans ton éloignement, quelque chose
de lui ; j'y joins aussi le baiser le plus ardent. Je viens de lui
donner du macaron, dont j'ai soin d'avoir une provision dans mon
tiroir, et il s'en va courir, avec Nicolas, en le suçant…
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Léopold à Sophie, le 16 décembre 1802 J'ai attendu jusqu'à ce soir si
je recevrais de tes nouvelles, il ne m'en est parvenu aucune. Cela m'aurait affligé si je n'avais réfléchi
que je n'en pourrai peut-être recevoir avant le 17, parce qu'il n'est pas probable qu'arrivée très fatiguée à Paris le
17, tu m'aies écrit le même jour... Je m'ennuie beaucoup de ta
longue absence, et cependant elle n'est pas encore près de finir; si tes lettres ne viennent pas me la faire
supporter, je ne sais ou je puiserai de la consolation. Le
temps est magnifique, il invite à la promenade, mais je reste tristement chez moi, parce que je n'ai pas ma Sophie
pour venir bondir dans les rochers. Abel s'ennuie au moins autant que moi de ta cruelle absence. Quant à
Eugène, il vient chaque jour demander à
baiser la lettre pour avoir du bonbon. Heureusement,
ils se portent bien tous les trois. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la
direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à Sophie, le 29 décembre 1802 Je me chagrine, ma bonne amie,
et ce n'est pas sans raison,
puisque voilà le 27, le 28 et le 29 passés sans qu' une seule lettre de toi me soit parvenue; cependant tu es arrivée à Paris bien portante, et alors tu m'as écrit le 18 ; j'aurais dû recevoir ta lettre le 28 ou au moins aujourd'hui, ce qui compte
douze jours pleins;
ou il t'est arrivé
quelque chose, et alors je suis dans la plus horrible inquiétude... Ah ! qu'il me tarde de te revoir, avec quelle tendresse je te presserai sur mon cœur, je
cueillerai tes chastes baisers ! Combien
je serai digne d'un juste retour ! Tu pourras
sans inquiétude voler dans mes bras, m'appeler ton fidèle ami et goûter
le bonheur le plus pur, Chère Sophie, tendre
et digne objet de mes comparaisons, que ne peux-tu lire mes jugements et
t'assurer de la supériorité que mon amour te
donne sur tout ton sexe. Je ne m'aveugle pas, je connais ce que je dois taire, et l'avantage est toujours pour toi. Aucune femme à mes yeux n'a des charmes
plus puissants que les tiens ; aucune n'a plus de qualités estimables ; aucune, et je serais bien malheureux si je me trompais, aucune n'aime mieux son époux, ses
enfants... Je te donne ici mille baisers. Tes enfants dorment paisiblement, mais leur douce haleine,
semblable au zéphir qui caresse les fleurs, vient de voltiger sur la feuille légère où ton amant fidèle grave les
sentiments qui l'attachent pour jamais à sa Sophie adorée. Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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