Année 1806. Sans dates précises.

Début de la Construction de la colonne Vendôme et de l'Arc de Triomphe- Blocus continental.

Biographie moderne de Michaud - Publication du Code du Commerce.

 

 

Février 1806.

Léopold à Sophie : " Quand tu parles de me rejoindre, oublies-tu donc ce qu'il en coûterait pour un tel voyage, ignores-tu que je ne saurais où prendre l'argent pour le faire ? Et quand, dans une supposition, je m'en trouverais assez, n'aurais-je pas à craindre que tu me retrouvasses cette foule de défauts qui t'ont si promptement décidée à me quitter et que tu ne me quitterais pas une seconde fois ? "

" Il vaut donc mieux que tu donnes à Paris tes soins à l'éducation des enfants et, quand des temps plus heureux luiront pour nous, nous pourrons songer à nous réunir. Tu es tranquille, rien ne te tourmente ; tu es encore une fois plus heureuse que moi. "

 

 

Léopold à Sophie, le 11mars 1806.

... Quand je touche mon traitement de légionnaire, je le mets à mon entretien; sans cela, je serais I'officier le plus nu de tous, Voilà cependant la vérité; voilà a quoi m'a réduit ton funeste départ de file d'Elbe, la ruine de mon ménage et la misère. Aussi quand tu me parles de me rejoindre, oublies-tu donc ce qu'il en coûterait pour un tel voyage, ignores-tu que je ne saurais où prendre de l'argent pour le faire ? Et quand, dans une supposition, je m'en trouverais assez, n'aurais-je pas à craindre que tu ne me retrouvasses cette foule de défauts qui t'ont si promptement décidée à me quitter et que tu ne me quitterais pas une seconde fois ? Il vaut donc mieux que tu donnes à Paris tes soins à l'éducation des enfants et, quand de temps plus heureux luiront pour nous, nous pourrons songer a nous réunir. Tu es tranquille, rien ne te tourmente ;  tu es une fois plus heureuse que moi...

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 27 mars 1806

... Je ne songe aucunement a te faire venir, et bien certainement tu dois en sentir la raison. Tu m'as fait perdre le désir de ta réunion à moi avant que je n'aie un emploi stable, ou avant qu'une paix générale bien cimentée ne me le permette. Réduits l'un et l'autre a très peu de chose, il faut que nous patientions pour ne pas nous ruiner tout à fait. Si j'entre dans la gendarmerie, alors je t'écrirai ce qu'il faudra faire; bien entendu que tu viendras avec une tout autre résolution que de repartir au bout d'un mois, car cela comblerait la mesure...

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 10 avril 1806

...On demande quels sont les militaires blessés qui veulent prendre des commandements des places dans le royaume de Naples, Je ne me suis encore offert pour rien, et peut-être ne sera-t-il plus temps quand je voudrai m'offrir. Si j'avais le bonheur d'être plus âgé, je me serais déjà mis sur les rangs, mais je suis encore le même, je n'ai pas moins de vigueur qu'il y a quelques années et ce serait m'exposer encore à des reproches de tempérament. Combien de femmes à ta place voudraient avoir un pareil reproche à faire ! Il est vrai que je me porte bien, peut-être trop bien puisque ce peut être dans l'abondance d'un pareil bien qu'on peut trouver des for­ces pour chercher a se porter plus mal,

Il y a bientôt un siècle que je n'ai reçu de tes nouvelles, je désire que ce soit une preuve que tu t'amuses. Moi, je m'ennuie. Je n'ai ici ni livres ni sociétés...

Comment se portent les enfants ? Si c'est un devoir pour toi de m'en donner des nouvelles, c'est un besoin pour moi d'en recevoir, Mais, à moins de maladie grave, je ne puis concevoir la raison de ton silence. Dans tous les cas, ne devrais-tu me faire écrire ?

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 4 mai 1806

Il y a déjà quelque temps, ma bonne amie, que je suis dans les plus vives inquiétudes sur le silence que tu gardes envers moi...

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 9 juin 1806

Il m'est impossible de deviner les causes qui me font rester ici plus d'un mois sans recevoir de tes nouvelles...

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

Léopold à Sophie, le 9 août 1806

Je t'écris, non pour te répondre, puisque depuis ta lettre du 1er juin je n'en ai reçu aucune de toi, mais pour te faire part de mes inquiétudes... Le temps débrouillera les choses, et je crois bien que ce ne sera pas à ton avantage. - J'embrasse les enfants et toi aussi, malgré ta coupable insouciance.

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 19 août 1806

... J'ai des choses importantes à te faire connaître, des arrangements à te faire prendre, beaucoup de choses à régler pour moi-même et dans lesquelles j'ai besoin de ton opinion. Si tu ne m'écris pas, je ferai tout sans t'en rendre participante et je finirai par ne plus t'écrire que quand j'aurai des lettres à répondre.

Donne-moi donc de tes nouvelles ou dis-moi avec franchise que tu ne veux plus m'en donner; je saurai alors quel parti prendre. J'ai dans ce moment plus d'inquiétude de ton silence que d'humeur et de mécontentement…

Adieu, Sophie, je désire n'avoir aucun reproche à te faire.

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

 

 

Léopold à Sophie, le 9 septembre 1806

Les nuages qui s'étaient éclaircis ont été remplacés par d'autres. On avait dans le principe cherché à opposer à la demande que j'avais faite d'un bataillon dans la garde du roi que j'avais eu une affaire avec les officiers de mon régiment ;  j'ai détruit par un exposé véridique les effets de la calomnie ; on ne peut point faire un crime à un officier de ce qui devrait l'honorer.

Mes espérances paraissaient déjà fondées, elles l'étaient par quelques mots dictés par Sa Majesté, par sa bienveillance pour moi, par l'estime dont je jouis dans l'armée, par l'appui des colonels généraux de la Garde: pouvaient­elles l'être davantage ? La chose paraissait sûre, des personnes instruites la regardaient comme faite. C'est au dernier moment que j'ai connu que je devais cesser d'espérer, ou que je ne devais espérer que très peu.

Les motifs qu'on m'a donnés ne m'attaquent pas personnellement. Je ne suis écarté que par mes liaisons avec le G. L.(1), Cependant on me veut du bien, on a de l'estime pour moi et le temps à venir pourra me le prouver; il fallait donc m'opposer des liaisons avec un homme qui ne m'a point écrit depuis plus de quatre ans, qui ne m'a parlé dans ses lettres que de mes intérêts particuliers, Que veux-tu? Je ne puis rien répondre à une pareille opposition, sinon que j'ai fidèlement servi et qu'on ne peut rien me reprocher…

(1) Général Lahorie.

Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.

Il pense que son avancement est contrarié par cette histoire de liaison entre Sophie et Lahorie.

 

 

21 septembre 1806.

Léopold à Sophie : " J'ai calculé qu'en réalisant toutes les lettres de change antérieures vous pouviez avoir, votre pension d'un  an mise à part, 20000 francs devant vous. Je vous en envoie 30 000 et vais incessamment vous compléter la somme de 60 par les 10 000 qui vous manquent encore… Je vous embrasse, ainsi que les enfants que je félicite de tout mon cœur sur leur progrès. "