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Année 1818. - Évacuation de la France
par les alliés. - Création du Conservateur de Chateaubriand et de La Minerve française.
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Janvier 1818 sans précision de jour. Sophie déménage car le loyer
de la rue des Vieilles Thuileries est devenu trop cher. Elle a trouvé
un appartement au troisième étage d'un immeuble 18
rue des Petits-Augustins Les fenêtres de la chambre qui servait
de cabinet de travail aux deux frères donnaient sur le musée
des Petits Augustins, où avaient été transportés
les tombeaux de Saint-Denis que les Jacobins avaient vidés
de leurs cendres Royales.
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Madame Hugo à un magistrat Voici le brouillon d'une lettre de Mme Hugo au juge qui allait avoir à se prononcer sur sa demande en séparation et sur celle du général. Nous pensons
pouvoir le dater de janvier 1818
(voir notes 1. 4 et 5 ). C'est, à notre connaissance, le dernier texte
d'elle au sujet de son mari et de ses
enfants, On peut lui trouver un caractère pathétique, si l'on considère
les circonstances de sa rédaction, et
surtout si l'on y entend le cri d'une révolte et d'une souffrance vraiment maternelles. En tout cas, on peut y voir particulièrement bien à partir de
quelles réalités Victor Hugo a formé l'image idéale de sa mère, de la mère. Yves Gohin. Monsieur, Une indisposition
grave m'empêche d'avoir l'honneur de
vous voir et de vous prier de m'accorder votre intérêt dans la cause en séparation qui sera incessamment portée devant vous. J'espère, Monsieur, que lorsque vous
connaîtrez les faits de cette cause,
vous serez convaincu de la justice de mes demandes comme épouse et comme
mère. Le général Hugo, mon mari, a
malheureusement trop prouvé depuis
quinze ans (1) par une conduite qui n'a peut-être pas d'exemple le danger qu'il y aurait à lui laisser la direction de trois jeunes gens qui
entrant dans l'âge des passions ont besoin
dans ce moment critique de bons
conseils et surtout de bons exemples, choses qu'ils ne trouveraient point auprès de leur père qui vit toujours
publiquement à Blois en concubinage avec la femme Almecq. Au reste M. Hugo a bien prouvé, en abandonnant volontairement ses enfants à quatre
reprise différentes et en les
renvoyant à leur mère dénués de
tout (2), que s'il
les réclame aujourd'hui ce n'est que dans de mauvaises intentions et parce qu'il croit que la pension fixée à sa femme sera beaucoup [plus] faible
quand il restera chargé de ses
enfants, l'affaire terminée; et il ne
manquerait pas de faire ce qu'il a déjà fait, de les renvoyer à sa femme. Je vous supplie donc, Monsieur, de me rendre mes enfants. J'ai bien le
droit de faire cette demande puisque moi seule ai rempli mes devoirs
envers eux, puisque moi seule depuis
l'instant de leur naissance en ai
pris soin, et qu'après avoir été leur nourrice, je leur ai donné et fait
donner toute l'éducation qui convient à des
hommes; que je leur ai consacré ma vie, qu'il me suffit de les présenter
pour qu'on juge que dans la position la
plus gênée, la plus malheureuse, aucun sacrifice ne m'a coûté pour remplir dans
toute leur étendue les devoirs sacrés d'une bonne mère. L'aîné, âgé de dix-neuf
ans, a été placé par mes soins et
depuis quatre ans il gagne de quoi
pourvoir à tous ses besoins. Les deux autres, l'un âgé de dix-sept ans et demi
et l'autre de seize ans, avaient
fini leurs études il y a deux ans (3) et je me
disposais à les placer ainsi que leur aîné, lorsque M. Hugo les enleva de force pour les mettre dans
une pension où ils ne pouvaient rien
apprendre que ce qu'ils savaient déjà; ils y auraient tout à fait perdu leur temps, si, naturellement studieux, ils ne s'y étaient
fait d'euxmêmes des sujets d'occupation; mais il
est bien temps qu'ils travaillent à
se faire des états, étant sans fortune et
n'ayant rien à attendre de leur père, qui possesseur d'une fortune assez considérable a tout placé sous
le nom de sa concubine. J'ose donc espérer, Monsieur. (1) C’est-à-dire depuis 1803, date du
séjour de Sophie à l’Ile d’Elbe et d’après ce qu’elle apprit (ou supposa) plus
tard, des début de la liaison de Léopold avec Catherine Thomas. (2) Départ de l’Ile d’Elbe en 1803,
d’Avellino en 1083, de Madrid en 1812, et au retour d’Eugène et de Victor chez
elle en 1814, après leur ‘’enlèvement’’
par Mme veuve Martin-chopine le 17 juin. Dans aucune de ces quatre
circonstances le général n’a abandonné ses enfants. (3) Lapsus pour trois ans ; c’est très exactement le 20
janvier 1815 que Mme Hugo semble avoir mis fin aux leçons de M. de La Rivière.
(cf. Venzac, Les premiers maîtres de VH, p.50) Victor Hugo œuvres complètes, Édition
Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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01 janvier 1818. Il termine sa pièce de théâtre : - A Quelque Chose Hasard Est
Bon. Il
s'agit d'une pièce légère, un opéra-comique
qu'il adresse à sa mère avec la dédicace
: "C'est donc à toi, mère sensible et sage, Que j'adresse aujourd'hui ma prose et mes
couplets ; Je brave les rigueurs d'une muse volage Je brave tout si je te plais." (V.H. caressa l'espoir de voir
jouer son opéra-comique au Palais Favart Il fera une lecture
aux auteurs et acteurs de cette salle sans succès).
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25 janvier 1818. Signature d'un avant-contrat : entre Abel,
Eugène et Victor, et deux compagnons d' Abel : Ader et Marteau,
sur un projet d'une revue Littéraire : Les Lettres Bretonnes. Eugène et Victor recevront un cinquième
des bénéfices. La feuille se donne pour mission de
traiter des sujets littéraires ou politiques. Cette nouvelle tentative échoue, pour
la raison qu'il ne se trouve aucun imprimeur suffisamment audacieux
pour en accepter les frais. La revue naîtra cependant
l'année suivante sous le nom du Conservateur Littéraire.
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03 février 1818. Le tribunal prononce le jugement de séparation
de corps et de biens des époux Hugo. Le tribunal accorde à Mme Hugo la
garde des enfants, une provision de 3 000 francs annuelle, à
charge pour elle de participer à l'éducation, à
la nourriture et à l'entretien de ses fils.
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03 février 1818. V.H. rédige dans la
nuit du 2 au 3 le poème : - Le désir de la Gloire.
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Biscarrat à Eugène et à Victor, après
le 3 février 1818 [sur La Mort de Louis XVII de Victor] ... Ce délire, cette extase poétique m'ont confirmé dans l'idée
que j'ai toujours conçue de vous, que
vous serez mis un jour au rang de nos meilleurs poètes. J'en augurais déjà une pièce d'une force supérieure ; la lecture a surpassé mon attente. Pouvez-vous exiger que moi, chétif mortel, vil
insecte, je m'asseye devant votre ouvrage comme dispensateur du blâme et de l'éloge ? A quel titre
vais-je me constituer juge en un pareil sujet ? Enfin, vous l'exigez : il faut vous satisfaire. Je vais consommer le crime; vous
seul l'avez voulu, et vous seul aurez aussi à répondre de ma folle témérité... Je crois entendre Racine dans ses chœurs... Lisez l'Écriture, mon ami Racine lui doit ses plus
beaux vers... C'est le grand mérite de l'ode, c'est le vôtre, d'avoir fait
naître l'ordre du désordre même… Quelles ressources offre notre langue, quand elle est maniée par une main habile !...
Je n'ai jamais lu une ode sur un sujet historique plus belle que la vôtre… Eugène sait bien quoi penser dans le fond
de son cœur, mais il se donnera bien
garde de vous le dire le vrai n'en
est pas moins le vrai. [sur Le désir de la gloire de Victor] ... Elle est de la
même force que les précédentes, mais
elle n'a un caractère de ressemblance
avec aucune ode connue ; tandis que tant
d'autres poëtes routiniers ne font que nous donner de faibles imitations des modèles des grands
maîtres, vous gravissez à grands pas
les chemins non frayé, et sur la hauteur, votre Muse chante, s'élève,
bouillonne, comme vous le dites si
heureusement. Comment dans un sujet si rebattu
avez-vous pu trouver des choses si neuves, donner à chaque strophe une physionomie particulière et joindre aux charmes de la délicatesse la solidité
des pensées ? Non, je ne croirai jamais que ce morceau soit l'ouvrage d'une nuit; s'il en était ainsi, je
croirais tout, jusqu'aux miracles...
J'ai beau examiner, éplucher chaque mot
; je ne trouve point à satisfaire ma secrète envie de critiquer; tout est réuni, richesse d'expression,
élégance et exactitude des rimes,
pureté de langage; je vous entends
d'ici vous récrier contre mes éloges, dire que je suis un flatteur, que je ne
sais pas critiquer; mais est-ce ma
faute si vous m'envoyez des vers ou je n'ai qu'à admirer ? Donnez-moi d'autres yeux ou envoyez-moi d'autres vers, alors je
trouverai à reprendre... Heureux enfant
! Quel poète vous serez un jour !
Il n'est aucun genre que vous
n'essayiez et aucun dans lequel vous ne montriez un talent supérieur. Mais ce qui m'étonne en vous presque autant que votre mérite, c'est votre
constance dans l'amitié. Les qualités
de votre cœur égalent celles de votre
esprit, au milieu de vos triomphes, vous n'oubliez pas un pauvre diable d'ami… J'espère voir vos
deux noms célèbres un jour; j'entendrai dire alors avec un plaisir infini et citer de bons
vers de Hugo; je verrai les éditeurs se demander duquel : Est-ce de Victor, est-ce d'Eugène ? Les
connaissez-vous, m'écrierai-je ?
- Oui, de
réputation, par leurs ouvrages. - Eh bien, moi, je les connais eux-mêmes ; je connais leur cœur, ils sont aussi fidèles à l'amitié qu'aux
beaux-arts... [sur le jugement de
séparation entre les époux Hugo] …Votre bonheur est
le mien. Chacun de vous va se livrer aux occupations auxquelles son goût et ses talents l'appellent et lui présagent un
plein succès… Vous avez gagné vos procès. Vous n'auriez jamais du craindre de les perdre si la bonne cause
prévalait toujours. Pour moi, je ne
pouvais douter du succès. J'avais trop entendu rendre justice à madame votre mère: votre respect et votre
tendresse pour elle sont des arguments plus forts que toutes les preuves de la honte de sa cause...
Veuille lui dire combien j'ai été
sensible à la nouvelle de cet heureux
événement. Pourrais-je ne pas être touché de son bonheur, moi qui ai
pour elle autant de respect que j'ai d'amitié pour ses fils ; que d'obligations ne lui ai-je pas, puisqu'elle est votre mère?... [sur le «. gros
espiègle » Eugène ] ...
Il creuse sa
cervelle machiavélique
pour déterrer quelque ambiguïté dans les termes, les éloges et jusque dans le silence… Ce petite maître à la blonde chevelure
cache sous son apparence sauvage et sous son sourcil froncé toute la coquetterie d'une jolie femme. » Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Léopold à Goton, le 22 février
1818 Ma bonne amie. Mon affaire a été jugée le 3. Il faut maintenant que je m'occupe de régler la communauté, car,
par le bête de contrat qu'on m'a fait signer dans le temps, il revient à ma gueuse la moitié de la propriété de Madrid;
ainsi, comme commune en biens, elle aura moitié de tout, et comme mineure, puisque les lois
considèrent ainsi les femmes mariées,
elle gardera les 84 000 francs
qu'elle a reçus, et dont on ne peut exiger d'elle aucun compte. Elle a réclamé la surveillance des enfants et l'a obtenue par le motif que je ne réside
pas à Paris; elle a obtenu de plus une provision de 3 000 francs, à charge
pour elle de participer à
l'éducation, à la nourriture et à l'entretien
de ses enfants. Cela fait que je ne change rien à ma marche. Le jugement est
certainement bien défavorable pour moi, et cela devait être puisque dans la crainte de la
garder, je n'ai pas voulu qu'on me défendît. Malgré cela elle enrage; quelqu'un qui
l'a vue dit qu'elle fulmine contre le
tribunal, contre moi, contre tout le monde. Ses fils ne m'ont rien écrit. Le jugement ne m'est pas signifié, de sorte que j'ai toujours trois mois pour en
appeler, si cela me convient. Madame se porte
bien, ainsi que moi. Nous faisons des vœux sincères pour que ta santé s'améliore, nous t'embrassons. Victor Hugo œuvres complètes, Édition
Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Eugène Hugo à M. Pinaud, secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Foraux de Toulouse. (1) Paris, le 4 avril l818. je viens
de recevoir le paquet que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Je voudrais vainement vous exprimer combien je suis reconnaissant de votre complaisance et des bontés de l'Académie. Croyez, du moins, que je ne négligerai rien pour m'en
rendre digne, moins soutenu dans mes efforts par l'espoir d'une couronne que par le désir de ne pas tromper votre
indulgence. Il est cependant des
circonstances, en faveur d'un de mes rivaux, que je me reprocherais de ne vous avoir pas fait connaître ; ce rival est mon frère, l'auteur des odes sur l'Amour de la gloire et la Mort de Louis XVII. Je l'ai vu pressé par l'époque
du concours faire la première en une nuit et la seconde en trois jours, Il est
à peine âgé de
seize ans, c'est le même jeune homme qui, à quinze ans, a obtenu, en 1817, une mention honorable à l'Académie française. Je ne sais,
Monsieur, si ces considérations jointes à la différence d'âge qui existe entre nous et, aux
encouragements que mérite sa jeunesse, auront, aux yeux de l'Académie, la même force qu'aux yeux
d'un rival; je n'ose exprimer mon sentiment sur
ce que je lui soumets. Daignez néanmoins, être persuadé que quels que soient mes efforts pour répondre à votre
attente, la plus forte marque de satisfaction que l'Académie puisse me donner ne serait pas de
couronner ma pièce. C'est dans ces
sentimens que j'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur, votre très
humble et très
obéissant serviteur. E. HUGO. J'ose espérer,
Monsieur, le secret sur ce que je vous dis de mon frère : s'il venait à savoir mon indiscrétion, il serait homme à ne me la
pardonner de deux mois. La décision de l'Académie m'apprendra assez si vous avez mis le comble à ma
reconnaissance. (1) Cette lettre a été publiée, dans Le Progrès libéral de Toulouse du 23 juillet 1878, reprise par Le Rappel du 26 juillet 1878. L'Écho Hugo n° 4 de Société des Amis de Victor Hugo, page 140.
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03 mai 1818. Jeux Floraux de Toulouse. Eugène est
couronné, pour son Ode sur la mort du duc d'Enghien. L' Académie
des Jeux Floraux lui décerne un "Souci réserve".
V.H. qui avait envoyé : La Mort de Louis XVII et Le Désir
de la Gloire, sont passés sous silence. Rien pas
une mention.
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Abel à Léopold, le 6 mai 1818 …C'est ici le moment, mon cher
papa, de te témoigner la peine que je ressens de voir qu'avant continuellement des réclamations
à faire et des affaires à suivre, tu en aies chargé une autre personne,
qui, quelque (sic) soient ses moyens, n'entend pas mieux, je pense, les affaires que moi, et qui, si elle a
quelques connaissances au ministère de la guerre, n'en a néanmoins pas plus de facilités que moi pour terminer
toutes les affaires dont il peut être chargé, soit à ce ministère, soit aux autres administrations ; il n'est pas de bureau où je n'aie de bonnes et agréables
connaissances qui se font un plaisir de soigner les affaires dont je les
charge, sans aucune rétribution, Je t'ai plus d'une fois offert mes services,
tu as paru les
dédaigner ;
cependant un étranger n'apportera jamais à la défense de tes intérêts le même zèle que ton fils. Victor Hugo œuvres complètes, Édition
Chronologie sous la direction de Jean Massin, T1.
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Biscarrat à Eugène et Victor, en juin 1818 (répondant à l'envoi du Conte de Victor, lui-même écrit en juin 1818) ... Peut-être courez-vous un peu trop
à l'esprit, mais comme
vous l'attrapez presque toujours, je vous pardonne ce défaut, qui semble tout
à fait passé de mode... La description des chamois est bien écrite; elle est vive et d'un style presque aussi
léger que les jolis animaux qu'elle nous trace; les vers
sont bien coupés et harmonieux ; enfin ce morceau serait parfait,
s'il ne lui manquait
pas une chose fort essentielle, le sens commun. Je vous le demande à vous-même: comment concevoir un antre si spacieux que six
chamois puissent y grimper, sauter et surtout brouter : Grimpant, sautant et broutant à
la fois ? Avez-vous oublié que la scène se
passe en hiver et sous le pôle glacial ? ... En
vérité le reste est joli et digne de son auteur par les beautés qui effacent les fautes, d'ailleurs faciles à enlever. C'est
ici le cas de répéter avec cet académicien chargé de critiquer le Cid : Je voudrais l'avoir fait. Cet aveu sincère, dans
lequel il entre peut-être un peu de présomption, quelques-uns de vos critiques ne vous le feront pas, mais ils se
le feront à eux-mêmes. Ceci entre nous... Je vois avec une
peine infinie que votre santé s'altère, j'en attribue comme vous la cause à vos veilles. Au nom de ce qu'il y a de plus sacré, au
nom de l'amitié qui nous unit, ménagez-vous... Vous avouerai-je que les vers que vous m'adressez ne m'ont pas fait
le même plaisir que les précédents : je
songeais trop à la peine qu'ils vous ont coûtée. Rien n'est plus nécessaire que
le sommeil votre âge et l'envie de
troubler celui de vos rivaux ne doit
pas vous faire sacrifier le vôtre. S'il vous est impossible d'abandonner tout à fait la poésie pour
quelque temps, cultivez-la au moins
avec plus de modération. Au lieu de vous obstiner à rimer un ouvrage
entier en une nuit, que ne vous contentez-vous de faire une vingtaine de vers avant de vous endormir ?... Réfléchissez sérieusement aux conseils que vous donne votre meilleur
ami, » Victor Hugo œuvres complètes, Édition Chronologie sous la
direction de Jean Massin, T1.
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