Année 1835.

- Création de l'agence Havas - Bohème Galante - Braille définie le système d'écriture pour les aveugles - Fabrication de la seringue de Pavaz.

Alexis de Tocqueville : De la Démocratie en Amérique - Balzac : Le Père Goriot.

- Gautier : Mademoiselle de Maupin - Recueil des Documents inédits relatifs à l'Histoire de France, sous la direction de Guizot.

 

 

01 janvier 1835.

On trouvera dans ce poème, une comparaison déjà employée, en mai 1833, dans la dédicace inscrite sur le tome II de Han d'Islande :

Vois-tu, mon ange, il faut accepter nos douleurs.

L'amour est comme la rosée

Qui luit de mille feux et de mille couleurs

Dans l'ombre où l'aube l'a posée;

Rien n'est plus radieux sous le haut firmament.

De cette goutte d'eau qui rayonne un moment

N'approchez pas vos yeux que tant de splendeur charme:

De loin, c'était un diamant;

De près, ce n'est plus qu'une larme.

*

Souffrons, puisqu'il le faut. Aimons et louons Dieu !

L'amour, c'est presque toute l'âme.

Le Seigneur aime à voir brûler sous le ciel bleu

Deux cœurs mêlant leur double flamme.

Il fixe sur nous tous son œil calme et clément;

Mais, parmi ces vivants qu'il voit incessamment

Marcher, lutter, courir, récolter ce qu'ils sèment,

Dieu regarde plus doucement

Ceux qui pleurent parce qu'ils aiment !

Toute la Lyre (liv. VI, II

 

 

01 janvier 1835.

Poème qui porte dans le manuscrit: " A ma Juliette "

Minuit ½.

Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;

Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;

Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine

De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

*

- Je puis maintenant dire aux rapides années ;

Passe ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !

Allez vous en avec vos fleurs toute fanées,

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

*

- Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre

Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.

Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !

Mon cœur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !

Le Chant du Crépuscule XXV.

 

 

06 janvier 1835.

V.Hugo au docteur Vidal :  « Mme Drouet désirerait consulter sur sa santé Monsieur le docteur Vidal. Elle l'attendra chez elle demain 7 Janvier entre deux et trois heures après midi, elle lui sera infiniment obligée.

6 Janvier 50, rue des Tournelles. » (1)

(1). Juliette avait quitté son appartement de la rue de l'Echiquier le 19 juillet, comme en fait foi l'agenda de la collection Barthou (cf. Barthou, Les amours d'un poète, pli. 192-3). Elle avait emménagé rue de Paradis, au Marais, dans le prolongement de la rue des Francs Bourgeois, entre la rue du Temple et la rue du Chaume. La date de son déménagement 50, rue des Tournelles n'a pas été retrouvée. On retrouvera Lanvin - et Madame Lanvin - tout au long de la liaison d'Olympio et de Juliette : c'est avec le passeport de Lanvin, ouvrier typographe, que Hugo passera en Belgique, le II décembre 1852.

 

 

09 janvier 1835.

V.H. à Juliette

une h. du matin. [9 janvier ? 1835]

Et qui résisterait à tes adorables lettres, Juliette ! Je viens de les lire, de les relire, de les dévorer de baisers comme j'en dévorerais ta bouche si je te tenais là. Je t'aime. Tu vois bien que je t'aime. Est-ce que tout n'est pas là ? Oh oui, je te demande bien pardon à genoux et du fond du cœur et du fond de l'âme de toutes mes injustices. Je voudrais avoir là comme tout à l'heure ton pied, ton pied charmant  ton pied nu, ta main, tes yeux et tes lèvres sous mes lèvres. Je te dirais toutes ces choses qui ne se disent qu'avec des sourires et des baisers. Oh ! je souffre bien souvent, va, plains-moi. Mais je t'aime, Aime-moi !

Tes lettres sont ravissantes. Ma vie est faite des regards que me donnent tes yeux, des sourires que me donne ta bouche, des pensées que me donne ta journée, des rêves que me donne ta nuit. Dors bien cette nuit. Dors. Je pense que tu t'endors en ce moment. Je voudrais que tu visses cette lettre en songe, et le regard avec lequel j'ai lu les tiennes et le cœur avec lequel je t'écris celle-ci. Je te baise mille fois, Juliette bien-aimée, dans toutes les parties de ton corps, car il me semble que partout sur ton corps je sens la place de ton cœur comme partout dans ma vie je sens la place de mon amour.

Je t'aime. Tu es ma joie.

Adresse. Madame Drouet, 50. r. des Tournelles,

chez M. Lanvin.                          

Timbre postal : 9 janvier (?) 1835.

Lettres de Victor Hugo à Juliette Drouet 1833- 1882, Texte établie et présenté par Jean Gaudon  HAR PO. 1985. Page 28.

 

 

10 janvier 1835.

Création par Guizot d'un (comité des monuments inédits de la littérature, de la philosophie, des sciences et des arts considérés dans leurs rapports avec l'histoire générale de la France)

le secrétaire : Didron

les membres : Cousin, Vitet, Mérimée, V. Hugo, Le Prévost, Lenormand, Lenoir.

 

 

15 janvier 1835.

Balzac au Marquis de Custine:              

" Je vous remercie bien de votre présent. Mais pourquoi vous êtes-vous moqué de moi ? Les pages du livre démentent tout ce que vous avez mis, en deux mots, de gigantesque pour un pauvre ouvrier en lettres. J'ai réclamé le droit de parler de votre livre à la Revue de P[aris] (1) a moins que M. Hugo (2) ne s'arme de son amitié pour vous, le seul faire sur lequel on puisse vouloir l'emporter sur lui pour faire cet article, - vous passerez par mes parfums, et je tâcherai de les brûler de manière à ce qu'ils n'entêtent pas les jaloux. "

(1) Article qui ne fut pas publié. (2) L'amitié d'Adolphe de Custine et de V.H. ne fut pas toujours sans réticences, ce dernier avez jugé sévèrement Hernani.

Edition du Rocher à Monaco "Adolphe de Custine"1957 pages 136 à 140.

 

 

19 janvier 1835.

Sainte-Beuve à V.Hugo : "  Je ne vous ai pas remercier hier de votre vote ami."

" Croyez-moi votre obligé confrère. "(1)

(1) V.H. avait désigné Sainte-Beuve comme rédacteur d'un rapport pour un projet d'instruction aux correspondants au nouveau comité (voir 10 Janvier 35).

 

 

20 janvier 1835.

V.Hugo à Juliette :

Près de toi, fée ou femme

Vivre mes jours entiers !

Mon âme dans ton âme.

Ma cendre dans ta flamme,

Mes pas dans tes sentiers !

 

 

20 janvier 1835.

Fais passer ton esprit à travers le malheur.

Comme le grain du crible il sortira meilleur !

V.H. offre à Juliette deux éditions originales, tirées sur grand papier :

Le Roi s'amuse avec cette dédicace :

Vent du soir ! dont le vol nous courbe tous ensemble,

Respecte le blé d'or plein des rayons du jour,

Respecte tous les cœurs où quelque flamme tremble,

Mais jette où tu voudras, emporte où bon te semble;

La paille sans épi, la femme sans amour !

Lucrèce Borgia avec cette dédicace :

Quand je ne serai plus qu'une cendre glacée,

Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,

Dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée:

Le Monde a sa pensée, 

Moi, j'avais son amour !

Dernière Gerbe. 

Ce sont ces vers que, selon un vœu exprimé par Juliette dans une de ses lettres, Mme et M. Louis Icart et les " Amis de Juliette Drouet "ont fait graver sur sa tombe au cimetière nord de Saint-Mandé.

Pages d'amours de V.H. (Paul Souchon.) Editions Albin Michel 1949 p.90.

 

 

31 janvier 1835.

V.H. à Louis Bertin:

" Au moment où je vous écris, Poupée est en train de lire le Prince Sincère, ce qui lui fait faire une moue admirable de silence et d'attention ".