02 février 1835.

V.Hugo commence

- Angelo, Tyran de Padoue.

Il le terminera le 18 fév. 1835 ;

 

 

[7 fév. 1835].

Léopoldine à Julie Foucher

Ms : ArVill. Don L.V., 1963. Inv. 557

Adresse : 

Mademoiselle Foucher

élève à la Maison royale de St Denis

Timbres de la poste : Paris 7 fév. 1835

St Denis 7 fév. < + >

Papier estampillé L.H.

Ma bonne Julie

J'ai reçue hier ta gentille petite lettre (1) qui m'a fait beaucoup de plaisir. Je me suis bien amusée jeudi avec Clémentine (2) car j'ai passé la journée avec elle chez mademoiselle Pénard (3). Grand papa m'a promis que lorsque tu viendras à Pâque il nous invitera Clémentine et moi à aller passer la journée chez lui il nous donnera un, bon déjeuner et nous fera manger les œufs de Pâque et après le déjeuner nous mènera voir le cabinet de l'histoire naturelle au jardin des Plantes (4).

Tu t'es sans doute bien amusé le jour du bal que l'on a donnée à Saint Denis car cela a du être charmant. Je t'avais dis la dernière fois que j'ai été te voir que j'irais au bal chez madame Fabre à l'anniversaire de la naissance de sa fille eh ! bien imagine-toi que je n'y ait pas été et je vais te dire pourquoi. / / Dimanche dernier qui était la veille de cette fête mon œil est redevenu bien mal (5) et [cela] ne m'empêcherais pas d'espérer pouvoir y aller mais le lundi il était si malade que cela m'a été impossible si tu savais combien cela ma // chagriner cependant je n'ai pas pleuré parceque j'aurais crain de faire de la peine à maman qui est si bonne pour moi. A [ce] qui paraît, tu ne resteras à Paris que huit jours bon papa m'a dit que madame Du Rocher (6) lui avait dit que l'on ne restait que la huitaine (7) juste cela m'a fait beaucoup de chagrin parce que j'espérais que tu resterais au moins [dix] a douze jours. Melle Pénard m'a promis qu'elle [m]'inviterai avec toi lorsque tu serais revenue et que nous ferions ensemble une partie à St Clous ainsi [sic] nous nous amuserons  bien. Adieu ma bonne petite tante je t'embrase bien

ta nièce et ton amie Léopoldine.

Clémentine m'a dit de te dire qu'elle t'étouffais par des baisers mademoiselle Pénard t'embrasse bien.

(1) . L. n. r. (2). Clémentine de La Roncière, "fille de l'Amiral baron de La Roncière [neveu du Comte Clément de Ris], amie d'enfance de Julie [Foucher] " (Mercié, p. 198, n. 49). Il semble que Clémentine ait été la compagne de Julie à Montmirail. Voir : J.F. à V.H., 6 mai 1879 : " [ ... ] je te dirai que ma chère Clémentine m'a chargée de te remercier pour ton aimable souvenir. ] Dans sa lettre, elle m'ajoute que tes bontés pour elle et celles de ma bonne sœur, lorsqu'elle était petite, sont absolument gravées dans son cœur, elle y ajoute le souvenir de notre chère Léopoldine dont elle était une des grandes amies. (Mercié, p. 274). (3). " Une ancienne institutrice de la petite Julie à Montmirail [... ] à laquelle Mademoiselle Pénard conserve un tendre attachement " (Clément de Ris [à la Surintendante de Saint-Denis ?], 21 juil. 1833, dans Mercié, p. 21). Voir aussi L.H. à L.B., 21 mai 1835 : " Mademoiselle Pénard qui a été la maîtresse de pension de Julie ".  (4). Ainsi fera, à son tour, le "grand-père " V.H., quand il conduira Georges et Jeanne au Jardin des Plantes (voir L' Art d'être grand-père, IV). (5). Voir : de L.B., 3 sept. 1833 . (6). Mlle ("madame ", suivant l'usage de Saint-Denis) Elisabeth Durocher-Leharivel fut Dame de première classe à Saint Denis à partir de 1823, avant d'être promue Dame dignitaire en 1839, date à laquelle elle devint "dépositaire de la roberie " et "directrice des Novices" (Mercié, P. 147). Voir aussi la lettre de Pierre Foucher à V., 24 août 1840, citée dans  J.F., mais 1840, n. 4. (7). Voir : à L.B., 24 août 1833, n. 2.

 

 

18 février 1835.

Il termine : Angelo Tyran de Padoue.

Commencé le 02 fév. 1835.

 

 

19 février 1835.

Pour le second anniversaire de leur amour V.Hugo adressa à Juliette cette belle méditation.

dont l'original porte, comme dédicace : A toi, Julie:

Puisque nos heures sont remplies

De trouble et de calamités;

Puisque les choses que tu lies

Se détachent de tous côtés;

*

Puisque nos pères et nos mères

Sont allés où nous irons tous;

Puisque des enfants, têtes chères,

Se sont endormis avant nous;

*

Puisque la terre où tu t'inclines

Et que tu mouilles de tes pleurs

A déjà toutes nos racines

Et quelques-unes de nos fleurs;

*

Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime

Ceux qu'on aima mêlent leurs voix;

Puisque nos illusions même

Sont pleines d'ombres d'autrefois;

*

Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase

On sent la douleur déborder;

Puisque la vie est comme un vase

Qu'on ne peut emplir ni vider;

*

Puisqu'à mesure qu'on avancé

Dans plus d'ombre on se sent flotter;

Puisque la menteuse espérance

N'a plus de conte à nous conter;

*

Puisque le cadran, quand il sonne,

Ne nous promet rien pour demain;

Puisqu'on ne connaît plus personne

De ceux qui vont dans le chemin;

*

Mets ton esprit hors de ce monde !

Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas !

Ta perle n'est pas dans notre onde.

Ton sentier n'est point sous nos pas.

*

Quand la nuit n'est pas étoilée,

Viens te bercer aux flots des mers;

Comme la mort elle est voilée,

Comme la vie ils sont amers.

*

L'ombre et l'abîme ont un mystère

Que nul mortel ne pénétra;

C'est Dieu qui leur dit de se taire

Jusqu'au jour où tout parlera.

*

D'autres yeux de ces flots sans nombre

Ont vainement cherché le fond;

D'autres yeux se sont emplis d'ombre

A contempler ce ciel profond:

*

Toi, demande au monde nocturne

De la paix pour ton cœur désert !

Demande une goutte à cette urne !,

Demande un chant à ce concert!

*

Plane au-dessus des autres femmes,

Et laisse errer tes yeux si beaux

Entre le ciel où sont les âmes

Et la terre où sont les tombeaux !

Les chants du crépuscule XXIX.

 

 

21 février 1835.

Le grand homme vaincu peut perdre en un instant …

Les chants du crépuscule.

 

 

24 février 1835.

Hugo signe une convention avec Jouslin de Lassalle, qui a la direction du Théâtre-Français depuis 1833.

Il est décidé qu'Angelo, Tyran de Padoue sera joué à partir du 10 Avril avec Mlle Mars et Marie Dorval dans les rôles principaux.

 

 

26 février 1835.

Hugo note dans le carnet de Juliette: " Février a toujours été un mois marqué d'un signe particulier pour moi. Le 26 Février 1802 je suis né à la vie, le 17 Février 1833 je suis né au bonheur dans tes bras. La première date ce n'est que la vie, la seconde c'est l'amour. Aimer c'est plus que vivre . "

Pages d'amours de V.H. (Paul Souchon.) Editions Albin Michel 1949 p.