Année 1840.
- Premiers établissements français à Madagascar (1840-1841).

- Premier Banquet Communiste - Institut des Provinces - première moissonneuse par McCormick.

Augustin Thierry : Récits des temps mérovingiens - Proudhon : Qu'est-ce que la propriété ?

 

 

[1840].

A Madame la vtesse Victor Hugo

Mercredi 2 h.

Voici, chère amie, le reçu Lamouroux, plus les notes Jauffret. Fais attention à l'article 1ère. communion, 32 francs. Examine du reste le tout avec attention et rapporte-moi les notes dimanche pour que je paie. J'ai vu tout à l'heure nos deux bons petits écoliers qui sortaient de leur dernière composition et avaient des visages de bon augure. Toto pourtant n'a que le second prix d'orthographe. J'espère qu'il se sera vengé sur le thème. A dimanche. Je vous embrasse tous et toutes tendrement.

VICTOR.

J'ai retenu et payé six places (en recommandant qu'on les mit ensemble) à la voiture de dimanche 5 h. Je compte toujours aller vous attendre au débarquement.

Correspondance Tome IV (année 1874-1885, addendum) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff-édité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

01 janvier 1840.

V.H. à Juliette : « Je t'aime d'un amour profond, entier, inaltérable, grave comme moi, beau comme toi.

« Tu es ma bien-aimée, ma vraie bien-aimée, devant Dieu et devant les hommes, toujours plus douce, toujours plus dévouée, toujours plus belle. Je suis heureux par toi, je suis fier de toi. »

Dieu qui sourit et qui donne

Et qui vient vers qui l'attend,

Pourvu que vous soyez bonne,

Sera content.

*

Le monde où tout étincelle,

Mais où rien n'est enflammé,

Pourvu que vous soyez belle,

Sera charmé.

*

Mon cœur, dans l'omble amoureuse

Où l'enivrent deux beaux yeux,

Pourvu que tu sois heureuse,

Sera joyeux.

1er janvier 1840.

Les Rayons et les Ombres XLI.

 

 

02 janvier 1840.

Juliette à Victor Hugo : « J'ai achevé ma confidence à ma Claire. La pauvre enfant a bien compris tout ce qu'il y avait de noble et de généreux dans ta conduite envers nous, elle avait les larmes aux yeux. »

« ... Oh ! je l'aime doublement de te comprendre et de t'aimer. Si je meurs, au moins je suis sûre de laisser un culte d'adoration et de reconnaissance dans ce cœur-là pour t'admirer et pour te bénir à chaque instant de sa vie. »

 

 

06 janvier 1840.

Léopoldine à Anthony-Thouret

Ms : Coll. particulière

Adresse : Monsieur A. Thouret

à Douai Nord.

Nous trouvons, mon cher Monsieur (1), que vous nous abandonnez entièrement et que vous avez tout à fait oublié vos amis de Paris. Mon frère Charles a reçu votre aimable lettre (2), chaque jour de sortie il se proposait d'y répondre et chaque fois il se trouvait privé du bien grand plaisir de causer quelques instants avec vous. Au nom de toute ma famille je viens vous prier de venir bien vite nous voir, et vous rappeler que les amis que vous avez choisis sont heureux de cette affection et qu'en leur donnant votre amitié vous vous êtes engagé tacitement à faire de fréquents voyages à Paris (3). Arrivez-donc bien vite, nous vous attendons, ce serait mal à vous de nous enlever le bonheur de vous voir quelquefois. Julie est à la Place Royale avec nous, elle me charge de vous dire mille choses, elle se souviendra toujours de votre bonté pour elle. Maman joint ses prières aux nôtres, mon cher Monsieur, et nous espérons que vous voudrez bien exaucer celles de toute la famille.

Léopoldine Hugo.

(1). Vincent-Ferrare-François Antony, dit Antony-Thouret (1807 écrivain et homme politique. Il s'était lié avec la famille Hugo en 1831 au plus tard. V.H. le protégea dans ses démêlés avec la justice de Louis-Philippe, puis leur lutte commune contre Louis- Napoléon les rapprocha encore. Ses relations avec Léop. sont assez mystérieuses. Il semble (voir : d'Antony Thouret, 26 mai 1843) qu'Antony, bien que marié et de dix-sept ans l'aîné de Léopoldine. fut amoureux d'elle sans le lui avouer tout à fait. Voir Georgel, 1967, Album, p. 49-51. (2). Antony Thouret était particulièrement lié au petit Ch. H. Dans une lettre n.d., vers 1840, Mme V.H. lui écrit :

" [ ... ] Je sais que Charles vous voit quelquefois; à cette occasion, monsieur, je serais bien aise de causer avec vous de plusieurs choses qui le concerne. Je sais que vous avez pour lui beaucoup d'amitié. J'en suis très touchée. Si vous avez quelques instants à me donner vendredi vers une heure nous parlerons un peu de ce cher enfant; l'objet de notre sollicitude et de notre tendresse ". (Coll. part.). (3). Antony Thouret vivait dans son domaine des Frénelles, près de Douai Antony-Thouret vivait dans son domaine des Frénelles, près de Douai.

Léopoldine Hugo Correspondance édition Critique par Pierre Georgel 1976.

 

 

09 janvier 1840.

Victor Hugo succédait à Balzac à la présidence de la Société des gens de lettres Balzac et Louis Desnoyers sont élus vice-présidents.

Choses vues.

Correspondances de Balzac Ed. R. Pierrot Tome III p. 785.

 

 

18 janvier 1840.

Juliette à V.H. : « ... Je voudrais, mon adoré, que tu pensasses à apporter à copier ce soir. La lecture me consume. Dans ce moment-ci surtout j'aurais besoin d'une distraction en même temps que d'une occupation. Je souffre et je suis irritable et je m'ennuie, non pas de l'ennui qui fait bailler, mais celui qui fait que la vie vous pèse et qu'on trouverait fort doux de s'en débarrasser pour moins qu'une épingle. Tâche de penser à m'apporter l'autre album ou le premier acte de ta pièce, peu m'importe, pourvu que ce soit de ta chère petite écriture et de tes divines pensées. Je ne suis pas difficile sur le choix, tout m'est bon, pourvu que ce soit de toi... »

 

 

19 janvier. [1840] (1)

A Julie Foucher

Ms : Arvill., Don L.V., 1963. Inv. 619

Adresse : Mademoiselle Julie Foucher élève à la Maison royale de Saint-Denis.

Dimanche 19 janvier.

J'aurais rempli ma promesse plus tôt, ma bonne Julie si je n'avais pas attendu une lettre de toi qui m'apprenne quel moyen il faut employer pour te faire parvenir les 5 francs. La soirée de lundi s'est passée sans orage, ces dames se sont quittées d'assez bonne heure, le cœur gros comme tu conçois. Cette pauvre Clémentine est réellement bien malheureuse, elle ne peut concilier toutes les affections qui remplissent son âme. Il faut qu'elle sacrifie l'une des deux (2). Soigne-toi, ma bonne amie, ne laisse pas ta santé devenir tout-à-fait mauvaise (3), je ne crois pas que tu puisses sortir à Pâques, bon papa et maman ne trouvent pas cela raisonnable. Tu me demandes un journal, ma chère sœur, et cela serait ennuyeux car ma vie est tellement uniforme que tu ne trouverais pas plus de plaisir à me lire que je n'en aurais à t'écrire. La fin de la semaine dernière a [ressemblé] beaucoup aux quelques jours que tu as passé ici (4) Seulement, dimanche dernier nous avons été chez Mme, Nodier. Il y avait beaucoup de monde, et l'on était très élégant, j'ai beaucoup dansé, et je me suis bien amusée maman étant souffrante nous [sommes] rentrées à onze heures ½. J'avais joué une contredanse et une valse, ce qui m'interloque toujours un peu. Mme Ménessier était charmante, elle, a un [certain] charme qui plaît, [elle] est presque jolie(5). Le [Mercredi] qui a suivi ton départ, nous, avons assisté à une 1ère. [représentation] aux Français (6), la duchesse d'Orléans, et toute la famille royale exceptés le roi, la reine, et la princesse Clémentine (7) y étaient. M. Auguste est plus taquin que jamais, nous sommes fâchés, et je ne veux pas parler de lui, il t'embrasse sur les deux joues, selon son expression. Cela est tant soit peu inconvenant, mais je n'ai pas pu en tirer autre chose. Il est insupportable(8). Nous irons au bal le 28, chez M de Collin (9), - chez ­Mlle Collin, il Paraît que ce sera fort beau, je me fais faire ma robe blanche brodée en bleu, plate avec une garniture en crêpe et en dentelle, je mettrai une ceinture longue, et du rose dans mes cheveux. On dansera le 6 chez Eudora. et nous irons le 2 chez Mme Fabre. Voilà bien du plaisir comme tu vois, ma bonne chérie, et pour le rendre complet, [il] faudrait que tu fusses là. Tu as eu tort d'acheter des valses, ma bonne amie, tu aurais dû les copier mais garder ton argent. Je [ne les] accepterai pas, je le demanderai seulement de me les prêter afin que je les copie. Je le [conseille] de garder toute la musique que tu peux avoir il arrivera que tu pourras la jouer entièrement. Garde aussi ta pointe de satin, je n'en veux pas, quand [...] viendras à Paris tout-à-fait, tu t'habilleras quelquefois et tu peux avoir besoin d'un fichu. Je te remercie de, garder avec soin mes aiguilles, je les ai cherchées et je croyais les avoir perdues ce qui m'a contrariée car je n'en ai pas d'autres et celles-ci sont fort bonnes. J'ai trouvé ton ruban de velours épinglé rouge, je le garde précieusement afin que tu le retrouves bien frais. On va dîner. Adieu, bonne chérie, [je] t'aime de tout mon cœur.

Ta toute dévouée sœur L.

(1).Le manuscrit se lirait " 17 " plutôt que " 19 ". Mais le 19 janvier ne tombe un dimanche qu'en 1836, ce qui est hors de question ou en 1841. Or les archives de la Comédie Française ne contiennent pas de référence à une " première " correspondant à la description de Léop. pour 1841, mais bien pour 1840, où le 19 janvier  tombe un dimanche (voir n. 6). (2). Ce petit drame nous échappe. S'agit-il déjà du mariage de Clémentine ? Notons du moins l'intérêt nouveau de Léop. pour ces conflits d'" affections " dans l'" âme " des jeunes filles. (3). Les archives de Saint-Denis nous apprennent en effet que la santé de J.F., toujours " bonne " jusque là, est " délicate " pen­dant le premier trimestre 1841 (Mercier, p. 28 et 143). (4). J.F. a séjourné chez les Hugo pendant les vacances du Jour de l'An (voir : à Antony-Thouret, 6 janv. 1840). (5). On comparera ce portrait de Marie Nodier vue par des yeux de femme aux tendres images dessinées par Achille Devéria et Henri Monnier ou aux descriptions de Fontaney et d'Arvers... (6). Le mercredi 8 janv. 1840, la Comédie Française a créé L'école du Monde ou La coquette sans le savoir, comédie en cinq actes du Comte Walewski. (7). Marie Clémentine Caroline Léopoldine Clotilde d'Orléans, cin­quième entant de Louis-Philippe, qui épousa en 1843 Auguste de Saxe-Cobourg et Gotha. (8). Tandis que Léop. fait part à Julie de ces observations sur Auguste, celui-ci vient d'écrire à sa famille pour lui demander d'offrir à son frère Charles " un court voyage à Paris " (A.V. à M. Lef., 12 janv. 1840, Arvill.). Une lettre du 17 janv., en réponse à la réponse, remercie " mille fois " M. Lefèvre de sa "bonté assidue " (Arvill.) . Ch. a donc dû obtenir permission et subsides. On peut supposer que cette intervention a été inspirée par Léop. Aug. lui ferait-il " payer " son entremise (qui peut-être le contrarie secrètement) en la " taquinant " sur ses sentiments ? Quoi de plus " insupportable ", pour l'adolescente, que de voir son cœur mis à nu ? (Voir aussi : à J.F., 15 nov. 1840, n. 6). (9). Sur Mme Collin, voir : à J.F., 28 mai 1840, n. 4.

Léopoldine Hugo Correspondance édition Critique par Pierre Georgel 1976.

 

 

21 janvier 1840.

- Ecrit sur le tombeau d'un petit enfant au bord de la mer. (1)

Les Rayons et les Ombres  XXXVIII.

(1) La sœur d'Auguste Vacquerie, Mme Lefèvre, venait de perdre un petit enfant. Victor Hugo avait promis quelques vers qu'on ferait graver sur la tombe.

 

 

21 janvier 1840.

A Auguste Vacquerie

Voici enfin, mon poëte, ce que je vous ai fait stupidement attendre si longtemps. Mais vous savez à travers quel milieu il faut que ma pauvre pensée passe en ce moment, et vous me pardonnez, n'est-ce pas? Prenez donc ces vers, si vous en voulez toujours pour la tombe de ce cher petit. A votre place, je sais bien ce que je ferais; j'en ferais d'autres. - Du reste je ne me crois pas quitte pour si peu envers cet ange. J'ai commencé pour lui quelque chose de plus long que je déposerai un de ces jours aux pieds de la pauvre mère. - Aimez-moi et plaignez-moi d'être candidat (1).

V H.(2)

 (1) Victor Hugo se présentait de nouveau à l'Académie. - (2) Bibliothéque Nationale.

 

 

22 janvier 1840.

Juliette parle mystérieusement, d'un « secret gardé depuis sept ans » Il s'agit, on le devine, de la résolution prise par Victor Hugo, et dont il avait instruit Juliette dès 1833, de se présenter à l' Académie pour entrer ensuite à la chambres des Pairs. L' Académie était pour lui la « première marche de la tribune. »

 

 

26 janvier 1840.

Juliette à V.H. : « ...Je commence à désirer votre admission à cette boutique, car je vois que vous prenez goût à la candidature et à tout ce qui s'en suit... »

 

 

[27 janvier 1840.]

A Monsieur Gaillard, banquier :

En attendant, Monsieur, que j'aie l'honneur de vous voir et de causer avec vous de tout ce qui nous intéresse, je vous envoie le petit feuilleton ci-inclus du journal Outre-mer que publie M. Béthune (1). C'est une assez médiocre diatribe, fort rebattue pour le fond et fort vulgaire par la forme qui ne mériterait que dédain et pitié partout ailleurs, mais qui dans le journal d'un de vos co-actionnaires a droit de vous surprendre et demande peut-être explication. - Je vous livre la chose. - Recevez, je vous prie, la nouvelle assurance de mes plus affectueux sentiments.

VICTOR H.

(1) Ce feuilleton, signé Chaudes Aigues, contient en effet de violentes attaques contre le romantisme et le théâtre de Victor Hugo en particulier.