Année 1868.

Fondation de l'École pratique des Hautes Études - Napoléon III fonde une caisse pour les accidents du travail.

Alphonse Daudet : Le Petit Chose.

 

 

[1868.]

A Monsieur Henri de Delpech :

Je ne me fais pas, monsieur, de l'éloquence la même idée que vous. Où vous voyez des images, je vois des idées, et pour moi tout discours impossible à lire, a pu tromper l'oreille, mais n'existe pas. Jugez quel ravage je ferais dans vos admirations. Je n'en suis pas moins touché de votre sympathie, et j'applaudis à votre talent comme à votre succès.

Recevez l'assurance de mes sentiments distingués.

VICTOR HUGO (1).

(1) Réponse au discours : De l'éloquence parlementaire en France, couronné par l'Académie des jeux Floraux.

 

 

01 janvier 1868.

Frontispice des "Chansons des rues et des bois"

Dessin: plume et lavis ( inv. 186). h. 0,22; 1. 0,14.

"A Paul Meurice, Victor Hugo, Hauteville-House. ".

Collé sur la page de garde de l'Edition Lacroix. Verboeckhoven et Cie, 1866.

 

 

02 janvier 1868.

Agendas de Guernesey,8ème :

 j'ai fait cette nuit en dormant ces vers imbéciles :

Solferino sol fa ré ut.

Alma, Magenta, sabre et guerres !

Les Belmontets ont pris leur luth.

Mais le peuple un jour criera : chut !

A bas fanfares militaires !

Solferino Solfarézut...

cette bizarre obsession m'a traversé toute la nuit à

travers mon sommeil, profond d'ailleurs.

– j'envoie au ménage de Bruxelles en traite sur Mallet

Frères à l'ordre de François-Victor 900 fr. sur ces

900 fr. il sera payé au docteur Laussedat (soins donnés

à ma femme)  ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

 

 

 

  150

– il restera 750 f auxquels mes fils joindrons le reliquat de 

256 f sur le semestre italien. En tout cela fera en compte                        

pour leurs dépenses de janvier

 

 

 

1006 fr.

– payé à la poste mon droit de box pour 1867   –––––––––––––––

    26-25

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XIII, pages 1331-33.

 

 

02 janvier 1868.

Première représentation de Ruy Blas au Théâtre de Parc de Bruxelles.

 

 

Caprera, le 3 janvier 1868.

Garibaldi. Poème adressé à Victor Hugo.

"Se peut-il, cher Hugo, que ta belle patrie

Sous un despote vil soit si longtemps flétrie ;

A tes nobles accents j'ai senti dans mon cœur

L'espérance renaître..."

Le brouillon de la réponse de V. Hugo est au dos: il y avait, dans la tente d'Achille, une lyre et une harpe . . . Les héros sont poètes...(20 janvier).

 

 

05 janvier 1868.

A François Coppée :

Au moment où je vous envoyais ma poésie irritée, vous m'adressiez votre poésie charmante. La Voix de Guernesey rencontrait en chemin votre douce idylle du soldat et de la servante (1). Mon éclair se croisait avec votre rayon.

Puissance du poëte ! Voilà le pioupiou et la bonne d'enfants transfigurés. On n'en rira plus.

Quelle élégie vous avez tirée de ces silhouettes jusqu'ici grotesques! Melancholia. Il faut toujours en revenir à la grande chauve-souris idéale d'Albert Dürer. La tristesse est notre rideau de fond. La vie se joue devant; Dieu est derrière. Espérons.

Je vous serre les mains, cher poëte.

VICTOR HUGO.

Voudrez-vous remettre ce pli à M. Paul Verlaine, votre ami et le mien (2).

(1) Le soldat et la servante. Enregistré dans la Bibliographie de la France, décembre 1867.  (2) MONDAIN-MONVAL. - Victor Hugo et François Coppée. Revue Hebdomadaire, juin 1910.

 

 

Hauteville-House, 05 janvier 1868.

A Madame Mary Floris.

Si vous ressemblez à votre lettre, Madame, vous êtes charmante. Votre âme est dans votre lettre, et j'y crois voir aussi votre beauté. Je suis à vos ordres et je me mets à vos pieds.

VICTOR HUGO.

Voici ce que vous avez bien voulu me demander.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

07 janvier 1868.

Agendas de Guernesey, 8ème :

payé à Anne son mois échu  –––––––––––––––––––––––––––––––– 17

– jouets pour les petits pauvres  –––––––––––––––––––––––––––––  30-40

– nous avons tiré les Rois. M. et Mme Marquand y étaient.

on a fait la part du petit Georges. Il a eu la fève.

– les journaux me sont arrivés pleins d'articles  Ruy Blas

à Bruxelles.

– Julie a été au bal chez les Cordin. Je note ici que depuis

l'enfance elle m'appelle mon beau frère, je lui ai dit :

je suis vieux, je n'ai aucun droit au mot beau, appelle-

moi donc frère. 

– secours envoyé à Marie Jeanne Tatton (Jeanne chez

Mme Toudic, maîtresse de pension, rue St Thomas, à

St Malo  –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––     10 fr.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XIII, page 1334.

 

 

Hauteville-House, 09 janvier 1868.

A Jules Lermina :

Mon jeune et brillant confrère, vous complétez votre œuvre démocratique. A la propagande littéraire vous allez joindre la propagande politique (1). Vous avez le talent, vous avez la volonté, vous avez le courage, et de plus l'épreuve vaillamment traversée. Je vous applaudis.

Le secret du succès, vous l'avez : Franchise. Vous réussirez.

Tenez vos promesses; tenez-les toutes, et soyez tranquille. Vous vaincrez. Soyez le journal acceptant pleinement la révolution, l'acceptant dans 1789, formule de ses principes, et dans 1830, formule de ses idées; combattant la réaction littéraire comme la réaction politique; signalant dans la critique doctrinaire comme dans la politique absolutiste le même effort rétrograde; dirigeant le socialisme vers les hauteurs, et plutôt du côté du droit que du côté des appétits; réclamant en tout la libre pensée, la libre parole, la libre association, la libre affinité, la libre publicité, le libre mouvement, la libre conscience ; exigeant l'enseignement pour tous, parce qu'il importe de remplir de lumière l'homme qui est le travail, la femme qui est la famille et l'enfant qui est l'avenir. Admirez le seizième siècle, étudiez le dix-septième, aimez le dix-huitième, et soyez le dix-neuvième siècle.

Vous avez les deux leviers, la force individuelle et la force collective. Personnellement vous êtes un homme, chose puissante, et, par vos amis, vous êtes un groupe, chose invincible. Toutes sortes de talents consciencieux, charmants et vigoureux concourent à votre œuvre.

Courage donc. Déployez toutes vos ailes, couvrez-vous de l'armure des principes, luttez contre la matière qui s'appelle césarisme avec cette toute puissance impalpable, la pensée. L'absolutisme vous fait face, confrontez-lui la liberté. Il a les soldats, vous avez les idées; il a son chassepot, vous avez votre âme. Opposez au militarisme le progrès, aux fabrications d'armes l'ascension vers la paix, au papisme la lumière, aux préjugés la volonté de délivrance, au droit divin le droit humain, aux sultans, aux czars, etc., le soleil qui se lèvera demain; aux échafauds, la sainteté inviolable de la vie, aux parasitismes la justice, aux fureurs le sourire, et, devant le Fusil-Merveille, soyez l'Esprit-Légion. Armée contre armée.

(1) Jules Lermina voulait fonder le Globe politique, littéraire et artistique avec Ranc, Siebecker, Razoua, etc,. Ce journal parut en effet le 14 janvier 1868, à la date du 15, mais le nom de Lermina n'y figure pas.

Correspondance 1836-1882 Paris Calmann Lévy, éditeur –1898- p.317.

 

 

H.-H., 09 [janvier 1868].

A Auguste Vacquerie :

Cher Auguste, M. Chifflart qui vous remettra ce mot est un grand talent. Il va illustrer les Travailleurs de la mer. Il est venu passer quinze jours avec Gilliatt et moi, et il quitte demain Guernesey pour Paris. Vous verrez ses dessins, et vous comprendrez que j'appelle sur lui votre plus haute cordialité.

A vous. Ahura y siempre.

V H.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

Hauteville-House, 10 janvier 1868.

Aux Membres de la Ligue internationale de paix et de liberté (1).

Je suis avec vous; seulement je ne dis pas paix et liberté, je dis liberté et paix. Commençons par le commencement. D'abord la délivrance, ensuite l'apaisement. Mais dés aujourd'hui, alliance.

VICTOR HUGO (2).

(1) L'Opinion publique. Washington, 12 mars 1868. En marge de ce journal Victor Hugo a écrit : " A la bonne heure. Voici ma vraie lettre". - (2) Journaux annotés. Bibliothèque Nationale.

 

 

10 janvier 1868.

Agendas de Guernesey, 8ème :

–cette nuit frappements à divers heures.

–10 h. du matin. Je vois M. Kesler, revenant de Jersey,

monter la rue.

–secours à C. Robillard  –––––––––––––––––––––––––––––––––––––  1

–sec. à P. Mariage   ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– 2

–nouvelle vue Suisse. 

–M. Kesler a repris ses habitudes de déjeuner et dîner

chez moi.

[–– ] nouvelle pièce de vin est arrivée aujourd'hui.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XIII, page 1335.

 

 

12 janvier 1868.

François-Victor à V.H. : 

Ruy-Blas se soutient toujours sur l'affiche de Bruxelles, malgré le givre, malgré le verglas, malgré la neige, malgré la gelée, malgré la Belgique. "

 

 

Hauteville-House, 12 janvier 1868.

A Jules Brisson :

Mon éloquent et courageux confrère, vous me comprenez et je vous comprends. Nous sommes, vous et nous, sur la brèche, vous en dedans, nous en dehors. Vous luttez dans le relatif, nous dans l'absolu; et tous nous sommes utiles. Nous combattons le grand combat.

Jungamus dextras, gladium gladio copulemus.

Hélas! ma propagande est nulle. Je suis un solitaire pour de vrai. Je ne puis guère dire du bien de votre excellent journal qu'à l'océan, mon vieux camarade, mais je vous promets de le faire, et peut-être, comme dit Virgile, les vents vous en porteront-ils quelque chose.

Cordial shake-hand.

VICTOR HUGO (1).

(1) Les Annales politiques et littéraires, 31 mai 1885. - Archives de la Comédie-Française.

 

 

H.-H., 14 janvier 1868.

A Jules Claretie, aux bureaux de l'Opinion nationale :

Vous avez raison, mon éloquent et loyal confrère, votre réclamation, arrivée à temps, eût fait reculer le Théâtre-Français, et maintenu Hernani sur l'affiche. Aujourd'hui le théâtre, ayant honte bue, fera la sourde oreille. Mais le public, non. Vous prenez acte hautement de la lâcheté commise, du dol et du vol, de cette petite turpitude jésuite étranglant Hierro entre deux portes. Qui est maître aujourd'hui dans la maison de Molière? c'est Tartufe. Il s'appelle Édouard Thierry, a fait ses Pâques entre deux portants, recevant de Dupanloup l'hostie, et de Rouher le mot d'ordre. Je vous remercie de flétrir ça, et je suis certain que, puissant comme vous l'êtes par la conviction et le talent, vous continuerez. Je vous ai écrit sur votre beau livre les Derniers Montagnards. Avez-vous reçu ma lettre ? Je vous ai fait des envois. Vous sont-ils arrivés ? Vous en trouverez encore un dans cette lettre, au verso ci-joint (1), si le cabinet noir n'intervient pas. Je suis un pestiféré, je suis en quarantaine, la police crible mes lettres, la poste vole l'argent de mes timbres-poste, depuis deux mois j'ai dépensé deux cents francs en stamps, et il n'est pas arrivé de mes messages à mes amis pour dix francs ! Telle est l'honnêteté du gouvernement dit impérial. C'est égal, je vous aime de tout mon cœur.

VICTOR HUGO.

(1) Coupure de journal contenant la lettre de Chilly sur Ruy Blas et la réponse de Victor Hugo.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

H.-H., 16 janvier 1868.

A François-Victor :

Victor, tu ne lis plus les journaux anglais. J'y suis passé à l'état de " grand bon homme ". Ils m'appellent great good man, comme autrefois leur Wellington. Les journaux illustrés publient la gravure du dîner des 6.000 enfants de Marylebone, et Punch lui-même, tout royaliste qu'il est, glorifie Ruy Blas. - Vous trouverez sous ce pli, mes bien-aimés, une traite de 800 fr. à l'ordre de François V sur Mallet frères. Comme Victor le désire j'envoie à Adèle 500 fr. faisant trois mois d'avance (février, mars, avril) 450 fr. plus un boni de 50 fr. que je lui laisse. Il y aura lieu en conséquence de reprendre et de compter dans l'argent de la maison les 125 fr. déjà avancés à Ad. pour février et qui feraient double emploi (1). - Je rappelle à Victor qu'il ne m'a pas envoyé la quittance de loyer du 1er janvier.

Envoyez à votre mère, par votre plus prochaine lettre, la lettre de Julie que voici. - J'espère que vous êtes toujours heureux et joyeux, que Georges 1er grandit et que Georges II grossit. - Serrez toutes les mains d'amis que vous rencontrerez. Certes, il ne faut pas du Roi s'amuse à Bruxelles. C'est déjà trop de Ruy Blas pour ces bons Welches. J'ai écrit à Lermina mon opinion nette sur MM. Sarcey et Proudhon, et je l'ai engagé à lire l'article de Pelletan dans la Revue des 2 mondes. - Garibaldi, Mentana, Ruy Blas, le Christmas, etc., tout cela m'avait fort dérangé, et vous auriez eu le droit de me gronder si je ne m'étais remis bien vite au travail. -Maintenant, je me lève au point du jour, j'écris jusqu'au coup de canon du soir, et je suis content de moi.

Je vous serre tous sur mon vieux cœur.

V.

(1) Suit le détail des comptes.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

18 janvier 1868.

Dernière représentation d'Hernani au Théâtre-Français (72ème).

 

 

19 janvier 1868.

" J'ai reçu hier, par M. Arnold du Daily Telegraph de Londres, la réponse que m'adresse Garibaldi après La Voix de Guernesey. Elle est en vers français. Le Morning Star à Londres la publie traduite en vers anglais. "

 

 

20 janvier 1868.

Réponse au poème de Garibaldi du 03 janvier 68.

 

 

H.-H., 20 janvier 1868.

A Philippe Burty.

J'ai la bête.

Elle est superbe. Le japonais est le Barye du crapaud. Quel sculpteur ! Venez donc un de ces jours dans mon île voir quel bel effet fait ce monstre à côté de l'autre monstre l'Océan.

Merci con todo el mio corazon.

VICTOR HUGO (1).

(1) La Revue, octobre 1903.

 

 

H.-H. , 23 janvier 1868.

A Paul Meurice :

Cher Meurice, mon avis le voici:

Rothschild et Pereire seuls peuvent se risquer à faire un journal politique (1). La situation de la presse va être pire qu'auparavant. Au régime sans frais succède le régime avec frais. On n'était qu'averti, on sera condamné. On n'avait à craindre qu'un commis, on aura à craindre un juge. Le pire valet, c'est le juge. On sera supprimé, plus ruiné. Je ne comprends pas la gauche, qui vote cette loi. Au reste, il n'y a qu'un cri parmi nous proscrits. La gauche devrait protester en masse contre cette trahison qui s'intitule progrès. Il n'y a de possible (et encore !) qu'un journal littéraire. - J'ai reçu la quittance des 618, je ne tirerai sur vous qu'avec discrétion. Comment vous dire à quel point je vous aime.

V.

(1) " Êtes-vous d'avis que nous devrions faire un journal ? Auguste y semble disposé maintenant. Mais vous, qu'en pensez-vous ? " Lettre de Paul Meurice.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

H.-H., dim. 26 [janvier 1868].

A Auguste Vacquerie :

Dites à ma bien-aimée souffrante, je vous prie, cher Auguste, que si elle n'a pas peur d'une traversée de mer, Guernesey lui tend les bras. Sa lectrice de Chaudfontaine lui lira tant qu'elle voudra. Julie écrira sous sa dictée, et moi je ferai tout ce qui pourra l'égayer et la distraire. Le printemps aidant, la santé reviendra. Si elle craint la mer, (un peu dure en effet en ce moment) je hâterai le moment de la réunion à Bruxelles. Et de celle-là vous serez, j'espère. Et quelle joie d'entendre Faust ! Que vous êtes admirable pour Hernani! -Merci, merci, merci. Pardonnez-moi ce rabâchage. Garibaldi m'a répondu. En vers. En vers français (1). J'ai sa lettre tout entière de sa main. Il est difficile de la publier à cause des fautes de versification dont les brutes de l'Univers - Veuillot triompheraient. La difficulté est tournée par ce que je vous envoie. Soyez assez bon pour vous charger de transmettre ces épreuves. Les journaux feront ce qu'ils voudront. J'ai envoyé directement à M. J. Claretie.

Rendez-moi, cher ami, le service de m'envoyer le Petit Figaro du jeudi 23. Victor me dit qu'il est fait pour moi, et justement je n'ai pas reçu ce numéro-là. J'ai le 22 et le 24. Pas le 23. - Le théâtre Thierry-Vaillant-Doucet enterre Hernani après une recette de 6.000 fr. C'est Tartufe mettant son chapeau sur la tête. - C'est à vous d'en sortir. ---- Cher Auguste, je suis à vous du fond du cœur.

V.

Voudrez-vous couper ces quatre lignes pour ma femme.

Chère bien-aimée, Auguste te lira ma lettre. Tout ce que tu voudras sera fait. Je ne veux qu'une chose, que tu sois gaie, heureuse et bien portante. - Tels sont les ordres du tyran. Je t'aime profondément et je te serre dans mes bras.

 (1) La voix de Caprera à la voix de Guernesey.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

H.-H., dimanche 26 [janvier 1868].

A Charles. À François-Victor :

Chers enfants, malice de la tempête. La poste n'arrive qu'aujourd'hui dimanche. Je vous ébauche tout de suite une réponse. A mardi une plus longue lettre. 1° Mme Atwood a payé Kesler. Un draft de 1.250 fr. Je vous l'avais écrit. Voyez mes lettres. Vous pouvez travailler, ce me semble, pour elle. Mais faites bien votre traité. Stipulez tout. C'est important avec les Anglais et les Américains. - 2° Précisément, le Petit Figaro du jeudi 23 ne m'est pas arrivé. J'ai eu celui du 22 et celui du 24. Je prie Victor de m'envoyer par le retour du courrier le n° du 23 pour que je lise l'article de Duchesne sur Ponsard, dont il me parle (1). - 3° Madame Drouet, heureuse de son Almanach, embrasse maternellement Victor sur les deux joues. 4° J'ai reçu une lettre excellente de Frédérix. Ne vous brouillez pas. Il y a entre vous, Bérardi, Frédérix, quelque malentendu qu'il faut éclaircir. J'arrangerai cela à Bruxelles. Ne laissez rien s'envenimer. L'invitation du 20 février vous sera faite, sans doute.

Votre chère mère va toujours à peu prés de même. Les nouvelles d'Auguste et de sa mère varient peu. Je suis attristé du peu de progrès que fait le mieux. (A propos, avez-vous envoyé les 150 fr. à Laussedat pour votre mère ?)

Garibaldi m'a répondu, chose curieuse, en vers français, (difficiles à publier à cause des fautes de versification dont les Veuillot et autres idiots triompheraient). Heureusement, la traduction anglaise, que je vous envoie, suffit. Vous trouverez sous ce pli la chose, plus mon accusé de réception. Voyez si cela conviendrait à l'Etoile belge. Je l'envoie directement à M. Bérardi, en l'engageant à n'en rien publier. - l'Étoile ne publierait que le fait et non la lettre.

J'ai bien peu de temps pour poser. Cependant, quand je serai à Bruxelles, nous reparlerons du jeune sculpteur de Hal. Avez-vous vu quelque chose de lui ?

Hauteville-House est encombré de visiteurs. L'Angleterre se met à m'adorer. Lettres, journaux, etc., pleuvent. - Tout ceci vous intéresserait. - Je vous serre dans mes bras, mes bien-aimés (2).

(1) L'article, intitulé La statue de Ponsard, finit par ces mots : " Sur ce, je vais relire les Burgraves et Cromwell". (2) bibliothèque Nationale. - Publiée en partie dans Actes et Paroles. Pendant l'exil. Historique. Édition de l'Imprimerie Nationale.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

H.-H., 26 janvier 1868.

A Jules Claretie :

Merci, mon cordial confrère, pour cette nouvelle page éloquente et charmante. Vous aurez votre dessin. Voulez-vous me le voir faire ? Venez, un des beaux jours de ce printemps, quand je serai à Bruxelles, déjeuner et dîner avec moi place des Barricades. Dans l'intervalle, je ferai sous vos yeux votre dessin, que vous me paierez d'un serrement de main. Vous voyez que je suis très intéressé.

Chose curieuse et qui m'a charmé, Garibaldi m'a répondu en vers, et en vers français. Si vous croyez que quelque chose de ce fait remarquable puisse être publié dans l'Opinion nationale, je vous envoie, ci-inclus, l'extrait des journaux anglais.

Et encore merci. Ex imo.

VICTOR H.

Correspondance Tome III (années 1867-1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff - Edité par l'Imprimerie Nationale.

 

 

27 janvier 1868.

Agendas de Guernesey, 8ème :

– j'ai donné à JJ le grand écu de 5 schellings au St

Georges pour servir de [signet]à son grand album.

– secours à la famille Fidgett  ––––––––––––––––––––––––––––––––– 5

– secours à la famille Crobillard  ––––––––––––––––––––––––––––––  3-50

– Crobillard est venu nettoyer le plafond de verre de mon

cristalroom. Charlotte cloche. 

– arrivée de M. Chiffard, peintre, pour me voir et d'une

troupe de comédien dirigée par M. [Honoré brocard]

pour jouer Hernani une fois à mon intention.

–j 'invite MM. Chiffard et [Brocard] à déjeuner pour

demain mardi.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XIII, page 1338.

 

 

28 janvier 1868.

Juliette à V.H. :

" La seule pensée d'assister à cette parodie piteuse de ce vaillant et sublime Hernani m'horripile jusqu'à la moelle des os et m'humilie dans ce que j'ai de plus fier et de plus orgueilleux : mon admiration pour ton divin génie ".

 

 

Mercredi 29 janvier 1868.

Affiche du théâtre royal de Jersey, annonce la représentation d'Hernani.

 

 

31 janvier 1868.

Représentation d'Hernani à Guernesey.

Agendas de guernesey, 8ème :

M. et Mme Marquand ont aussi déjeuné.

– puis M. Talbot  est arrivé PH. Asplet avec M. et Mme Rousby, les deux acteurs anglais qui jouent Shakespeare à Jersey. M. Rousby voudrait jouer Hernani en  anglais. –– Melle Othon m'a apporté des couronnes portant

Mon nom qu'on m'envoie de France. on m'a fait construire pour le représentation une loge fermée dans la  salle afin que j'y puisse assister sans être vu. – le soir, représentation. Elle Julie et moi, plus Suzanne et Thérèse Griffon dans la loge, qui était décorée de fleurs et de lauriers. –– salle comble. toute la ville s'y pressait. on a crié vive Hugo, et Hurrah. après le 5e acte Melle Othon s'est avancée vers ma loge et m'a remis une couronne de lauriers, je crois avec cette inscription : à V. Hugo les artistes reconnaissants. 31 janvier 1868. Guernesey. quand je suis sorti la foule m'a applaudi. Tel est le croquis de Hernani à Guernesey. les acteurs très supérieurs au public.

Hernani a été joué entre quatre murs par sept acteurs pour vingt-cinq personnages, sans décors, sans spectacle, comme les pièces de Shakespeare il y a deux cents ans. je me suis vu la charrette de Thespis. 

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XIII, page 1341.