01 février 1871.

Mlle Raucourt. Osc.

- Petite Jeanne va mieux. Elle m'a souri.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.98.

 

 

02 février 1871.

Vve Godot. J'écris à Julie par lettre non cachetée.

- Le nouveau journal de Rochefort, le Mot d'Ordre, a paru aujourd'hui. Les élections de Paris remises au 8 février.

- Mlle Louise David. Osc.

- M. d'Alton-Shée-Rostan.

- Je continue à mal digérer le cheval. Maux d'estomac. Hier je disais à Mme Ernest Lefèvre, dînant à côté de moi :

De ces bons animaux la viande me fait mal,

J'aime tant les chevaux que je hais le cheval.

- Petite Jeanne continue d'aller mieux, mais sa nourrice est une voleuse. Je la garderai malgré ça. Alice veut la renvoyer. Grave complication. L'enfant peut en souffrir.

Des deux nations, laquelle est la plus à plaindre ? L'une perd deux provinces, l'autre gagne un empereur.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.98.

 

 

03 février 1871.

DECRET : Le peuple chasse honteusement de leurs sièges les individus qui, depuis dix-neuf ans, sous le nom de magistrature française, ont déshonoré la justice.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 660.

 

 

04 février 1871.

Le temps s'adoucit. Dépense de la semaine au pavillon de Rohan : 675 frs. 50.

Le soir, foule chez moi. Proclamation de Gambetta.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.98.

 

 

05 février 1871.

La Tribune des Progressistes m'a nommé son président honoraire et me prie d'accepter.

- La liste des candidats des journaux républicains a paru ce matin. Je suis en tête.

Bancel est mort.

- Petite Jeanne ce soir est guérie de son rhume. Gratification à Marie, la nourrice, 5 frs.

- J'ai eu mes convives habituels du dimanche. Nous avons eu du poisson, du beurre et du pain blanc.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.99.

 

 

06 février 1871.

Bourbaki, battu, s'est tué (1). Grande mort.

- Ledru-Rollin recule devant l'Assemblée. Louis Blanc est venu ce soir me lire ce désistement.

(1). Bourbaki tenta de se suicider, le 26 janvier 1871 et ne se fit qu'une blessure au cuir chevelu; il devint gouverneur militaire de Lyon.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.99.

 

 

06 février 1871.

A Auguste Vacquerie :

Cher Auguste, je vais faire le relevé des chiffres de notre pauvre caisse de secours, n'osant pas vous donner la peine de le faire. Je ne sais plus trop où elle en est, mais mes petites paperasses sont en régie. Dans tous les cas, je ne crois pas grever trop le reliquat en vous priant de remettre 20 francs sur cet argent des victimes de la guerre à la personne qui vous portera ce mot.

A vous.

VICTOR HUGO.

Correspondance tome III (année 1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff – Edité par l’imprimerie Nationale.

 

 

07 février 1871.

Nous avions trois ou quatre boîtes de conserves que nous avons mangées aujourd'hui.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.99.

 

 

08 février 1871.

Aujourd'hui scrutin pour l'Assemblée nationale.

- Paul Meurice et moi avons été voter ensemble, rue Clauzel. Je pense que Louis Blanc sera nommé le premier (1), en tête de la liste des représentants de Paris.

Après la capitulation signée, en quittant Jules Favre, Bismarck est entré dans le cabinet où ses deux secrétaires l'attendaient, et a dit : “  - La bête est morte. ”

- J'ai rangé mes papiers en prévision du départ. Petite Jeanne est très gaie.

(1). Juste pronostic; Louis Blanc arrivera en tête des élus de Paris avec 216.471 voix; Hugo sera second, avec 214.169 suffrages. Le nom du poète avait figuré sur quantité de listes fort différentes les unes des autres; l'Internationale des Travailleurs le présentait, comme le Comité libéral républicain, et il se trouvait à la fois sur la liste recommandée par le journal des Débats et sur celle du Mot d'Ordre de Rochefort; ne l'avaient guère exclu que les blanquistes du Comité républicain, démocratique et socialiste, et le Comité catholique de Veuillot.

Il avait été le premier élu dans quatre arrondissements (les IVe, VIe, XVIe et XVIIe); l'arrondissement qui lui avait assigné la moins bonne place était le VIIIe, où il n'arrivait que neuvième élu.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.99.

 

 

LES ELECTIONS DU 8 FEVRIER 1871

Le pays sort de six mois de guerre. 43 départements sont occupés. 400 000 soldats sont encore prisonniers, beaucoup de réfugiés n'ont pas regagné leur domicile. La campagne électorale sera inexistante.

Le régime électoral en vigueur est celui de la loi de 1849 : cadre  départemental et scrutin de liste, chaque électeur devant inscrire sur son bulletin un nombre de noms correspondants au nombre de candidats à élire. La consultation ne durera qu'une journée et il n'y aura qu'un tour. On votera au chef-lieu de canton et le principe des candidatures multiples reste admis.

Le délai imposé ne laisse guère de temps pour proposer des listes cohérentes certains candidats y sont inscrits, voire élus, sans le savoir ! Le scrutin est équivoque : on ne vote pas pour un régime, mais pour la paix ou la continuation de la guerre. Derrière la diversité des listes deux grandes tendances s'affrontent républicaine et conservatrice. Les républicains proclament surtout leur adhésion à la République. Les conservateurs, qui ont pris soin d'associer sur leurs listes notables monarchistes et bourgeois libéraux, affirment leur attachement à la paix et à la liberté.

Des comités électoraux se constituent dans les grandes villes. La plupart des journaux, conscients de la popularité de Victor Hugo, l'ont mentionné lors de l'élaboration des listes (à l'exception des blanquistes et du comité catholique de Veuillot).

LES RESULTATS DES ELECTIONS :

Le taux de participation reste inconnu, car le chiffre des abstentions n'est pas mentionné dans les procès-verbaux. Les inscrits sont au nombre de 10 160 781. Les abstentions ont dû être importantes, étant donné la situation décrite précédemment.

Dans le département de la Seine, on doit désigner 43 représentants à l'Assemblée de Bordeaux. Les 43 élus sont tous républicains, et favorables à la poursuite de la lutte contre l'Allemagne.

Le nombre d'électeurs inscrits est de 545 605. Victor Hugo obtient 214 169 voix, deuxième derrière Louis Blanc (216 471), mais avant Garibaldi (200 065), Edgar Quinet (199 008), Gambetta (191 211), Henri Rochefort (193 248), etc. Thiers est vingtième avec 102 945 voix, Clémenceau vingt-septième avec 95 048, Jules Favre trente-quatrième avec 81 126.

Dans les trois cantons, Charenton, Vincennes et Villejuif, qui regroupent vingt-cinq communes du Val-de-Marne actuel, le chiffre des abstentions dépasse 60 % Victor Hugo est deuxième dans le canton de Charenton, premier dans celui de Vincennes, troisième dans celui de Villejuif. (Voir tableau des résultats.)

Au niveau national en revanche, les conservateurs l'emportent massivement, surtout dans les campagnes où l'électorat, dans son désarroi, s'est tourné vers les tuteurs héréditaires, les descendants de familles nobles. Deux personnalités opposées sont arrivées en tête de tous les candidats sur le territoire : Thiers est élu dans vingt-six départements, Gambetta dans huit.

DÉPARTEMENT DE LA SEINE. ARRONDISSEMENT DE SCEAUX.

ÉLECTIONS GÉNÉRALES À L'ASSEMBLÉE NATIONALE.

RÉSULTATS DU SCRUTIN DU 8 FÉVRIER 1871 PAR COMMUNE.

CANTON DE VINCENNES.

 

Fontenay 

Montreuil

Rosny 

Saint-Mandé

Villemomble

 

Populat° 

5 378

12295

1684

6388

1180 

 43989

HUGO

98 

544  

113 

310 

 107

 
 

46e et 25e 

 

 

3e

   

Populat°

Vincennes 

Total canton  

       

HUGO  

17064 

43989

       
 

618  

1 790

       
 

1er 1er 3e  

1er

       

 

RÉSULTATS DU SCRUTIN DU 8 FÉVRIER 1871 PAR COMMUNE.

CANTON DE VILLEJUIF

 

Accueil

Chevilly 

Choisy 

Fresnes

Gentilly 

L'Hay 

Ivry

Populat° 

5258  

370

5099

471

8796

607

13165

HUGO

345  

20

294

40

550

38

634

 

1er 

5e 

2e

3e

1er

 6e 

1er et 7e

 

Orly 

Rungis 

Thiais 

Villejuif

Vitry 

total Canton

 

Populat°

704

220 

1364

1917

3758

41729

 

HUGO

55

3

90

131

74

 2274

 
 

3e 

23e

2e 

3e 

78e et  37e

 3e

 

     

RÉSULTATS DU SCRUTIN DU 8 FÉVRIER 1871 PAR COMMUNE.

CANTON DE CHARENTON

 

Bonneuil  

Bry sur Marne

Champigny 

Charenton

Créteil

 

Polulat°  

331

917

2190 

7141

2823

 

HUGO 

85

22

173

525

213

 
 

44e

 

  2e

 

 2e

 
 

Joinville Le Pont 

Maisons Alfort  

Nogent / Marne 

Saint-Maurice 

St Maur

Total canton

Populat°

2380 

5890 

6264 

4340 

7438

39714

HUGO

97

166 

398 

213

568

2460

 

45e

3e

3e et 9e

3e 

1er et 2e 

2e

Population chiffrée recensement 1872.

 

 

10 février 1871.

Mme Préval. Suisse.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.100.

 

 

11 février 1871.

(Nuit du 10 au 11, rêve, Julie Chenay. Spont. arrêté à temps) (1).

- Le scrutin se dépouille très lentement.

- Notre départ pour Bordeaux est remis au lundi 13.

- Visite de Mlle Rousseil. Osc.

- Bouquet apporté par les dames de la Halle bien que je ne sois pas encore nommé; 10 frs.

(1). “ Spont. ” ; entendons : émission spontanée. De temps à autre, dans les carnets, des indications semblables. L'innocente et pieuse Julie Chenay (elle a cinquante ans) y est ici mêlée bien à son insu. Notons toutefois, dans le carnet de 1862, sous la date du 26 juin, une curieuse et laconique mention : “ Julie. Pas depuis Fourqueux, 1836. ” Depuis la veille, 25 juin 1862, Hugo était seul à Hauteville-House avec sa fille Adèle et sa belle-sœur Julie, Mme Hugo, son fils François-Victor et son beau-frère Paul Chenay étant partis pour jersey. C'est à Fourqueux, en 1836, que Léopoldine avait fait sa première communion; Julie Foucher avait alors quinze ans.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.100.

 

 

12 février 1871.

- J'ai vu hier pour la première fois mon boulevard. C'est un assez grand tronçon de l'ancien boulevard Haussmann. Boulevard Victor Hugo est placardé sur boulevard Haussmann à quatre ou cinq coins des rues donnant sur le boulevard.

- L'Assemblée nationale s'ouvre aujourd'hui à Bordeaux. Les élections ne sont pas encore dépouillées et proclamées à Paris. Je pense que Louis Blanc sera le premier représentant de Paris. J'eusse trouvé juste que ce fût Garibaldi.

- Quoique je ne sois pas encore nommé, le temps presse, et je compte partir demain lundi 13 février pour Bordeaux. Nous serons neuf, cinq maîtres et quatre domestiques, plus les deux enfants. Louis Blanc désire partir avec moi. Nous ferons route ensemble.

- J'emporte dans mon sac en bandoulière divers manuscrits importants et œuvres commencées, entre autres Paris assiégé (1) et le poème du Grand-Père (2), plus le premier fascicule quotidien : Ma présence à Paris (3).

- J'emporte une lettre de crédit de 1.000 frs. Sur Samazeuilh, de Bordeaux, plus l'or qui est dans mon gilet : 4.500 frs.

- En partant pour Bordeaux, je remets à Mme Paul Meurice, jusqu'à mon retour, un paquet contenant :

1° Dossier traité Hetzel Châtiments et Napoléon le Petit.

2° Dossier Paris assiégé; documents.

3° Dossier lectures publiques des Châtiments.

4° Lettres de J. J.

5° Pièces. Tuileries.

Les Quatre Vents de l'Esprit (traité transféré au Rappel).

Les Châtiments. A joindre aux manuscrits.

8° Mes Adresses aux Allemands, aux Français, aux Parisiens.

9° Dessins et estampes.

10° Catalogue Hachette (pour y choisir des livres).

(1) Titre primitif du recueil qui deviendra l'Année terrible. (2) Le poème s'appellera finalement l'Art d'être Grand-Père et ne sera publié qu'en mai 1877. (3) Il s'agit des notes mêmes que nous publions ici.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.100.

 

 

13 février 1871.

J'ai lu, hier, avant le dîner, à mes convives, M. et Mme Paul Meurice, Vacquerie, Lockroy, M. et Mme Ernest Lefèvre, Louis Koch et Vilain (moins Rochefort et Victor qui ne sont arrivés que pour l'heure du dîner) deux pièces qui feront partie de Paris assiégé (“A Petite Jeanne. ” - “ Non, vous ne prendrez pas l'Alsace et la Lorraine (1).”) Après le dîner sont venus Louis Blanc, Rey, Duverdier.

- Pelleport m'a apporté nos neuf laissez-passer. N'étant pas encore proclamé représentant, j'ai mis sur le mien Victor Hugo, propriétaire, vu que les prussiens exigent une qualité ou une profession.

- J'ai quitté ce matin avec un serrement de cœur l'avenue Frochot et la douce hospitalité que Paul Meurice me donne depuis le 5 septembre, jour de mon arrivée.

- A Clémence, servante de Mme Paul Meurice, en partant : 30 frs.

- Dépense de la dernière semaine au Pavillon de Rohan : 984 frs.

 (Pour payer cette somme, j'ai dû prélever, sur l'or du voyage, un appoint de 760 frs., ce qui a réduit les 4.500 frs. à 3.740 frs.)

- Neuf 1er classe pour Bordeaux : 630 frs. Supplément par salon : 58 frs. 50 Bagages : 35,80.

Partis à midi dix minutes. Arrivés à Etampes à trois heures et quart. Station d'une heure trois quarts et luncheon.

- Après le lunch, nous sommes rentrés dans le wagon-salon pour attendre le départ. La foule l'entourait, contenue par un groupe. de soldats prussiens. La foule m'a reconnu et a crié : “  - Vive Victor Hugo ! ” J'ai agité le bras hors du wagon en élevant mon képi, et j'ai crié: “ Vive la France ! ” Alors un homme à moustaches blanches, qui est, dit-on, le commandant prussien d'Etampes, s'est avancé vers moi d'un air menaçant et m'a dit en allemand je ne sais quoi qui voulait être terrible. J'ai repris d'une voix plus haute, en regardant tour à tour fixement ce prussien et la foule : “ - Vive la France ! ” Sur quoi, tout le peuple a crié avec enthousiasme: “ - Vive la France ! ” Le bonhomme en colère se l'est tenu pour dit. Les soldats prussiens n'ont pas bougé.

- Voyage rude, lent, pénible. Le salon-wagon est mal éclairé et point chauffé. On sent le délabrement de la France dans cette misère des chemins de fer. Nous avons acheté à Vierzon un faisan et un poulet et deux bouteilles de vin pour souper. Puis on s'est roulé dans des couvertures et des cabans et l'on a dormi sur les banquettes.

(1). Cette seconde pièce n'avait pas encore de titre; elle devint “ A qui la victoire définitive ? ” (Décembre, IX); il est d'ailleurs possible que le poète ait fondu, finalement, en une seule, deux pièces dont la première commençait par : “ Sachez-le... ” et la seconde par “ Non, vous ne prendrez pas... ” A la fin du manuscrit, ceci : “ Paris assiégé, 8 janvier 1871. ”

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.101.

 

 

14  février 1871.

Le matin passage à Limoges; à 10 h., arrivée à Périgueux. Luncheon, 5 frs. Louis Mie nous y attendait. Il nous pilote jusqu'à Coutras et nous renseigne. Les élections du département sont toutes réactionnaires.

Nous arrivons à Bordeaux à une heure et demie après-midi. Nous nous mettons en quête d'un logement. Nous montons en voiture et nous allons d'hôtel en hôtel. Pas une place. Je vais à l'Hôtel de Ville et je demande des renseignements. On m'indique un appartement meublé à louer chez M. A. Porte, 13, rue Saint-Maur, près le jardin public. Nous y allons. Charles loue l'appartement pour 600 francs par mois et paye un demi-mois d'avance. Nous nous remettons en quête d'un logis pour nous et nous ne trouvons rien. A sept heures, nous revenons a la gare chercher nos malles, ne sachant où passer la nuit. Nous retournons rue Saint-Maur où est Charles. Pourparlers avec le propriétaire et son frère qui a deux chambres, 37, rue de la Course, tout près. Nous finissons par nous arranger. J. J. et Suzanne auront une chambre 13, rue Saint-Maur à raison de 300 frs. par mois, et moi les deux chambres (une pour Mariette) de la rue de la Course, à raison de 350 frs. par mois. Je paye le premier mois pour J. J. (à partir du 14 février) et mon premier mois.

- J'ai donné à dîner à mes fils et J. J. (cinq) au Restaurant de Bayonne. Nous avons mangé des huîtres, de la lamproie, du chapon truffé, etc. (prix 68 frs. 25).

- Alice a fait cette remarque : le 13 nous poursuit; tout le mois de janvier nous avons été treize à table le jeudi; nous avons quitté Paris le 13 février; nous étions treize dans le wagon-salon, en comptant Louis Blanc, M. Bochet et les deux enfants; nous logeons, 13, rue Saint-Maur.

Les voyage fût long puisque qu'il dura plus de 24 heures

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.103.

 

 

15 février 1871.

Nous déjeunons, avec J. J., au Restaurant de Baronne (13 frs. 15); encore un 13.

- A deux heures je suis allé à l'Assemblée. A ma sortie, une foule immense m'attendait sur la grande place. Les gardes nationaux qui faisaient la haie ont

ôté leurs képis, et tout le peuple a crié : “ - Vive Victor Hugo !” J'ai répondu : “  - Vive la République! Vive la France ! ” Ils ont répété ce double cri. Puis cela a été un délire. Ils m'ont recommencé l'ovation de mon arrivée à Paris. J'étais ému jusqu'aux larmes. Je me suis réfugié dans un café du coin de la place. J'ai expliqué dans un speech (1) pourquoi je ne parlais pas au peuple, puis je me suis évadé, c'est le mot, en voiture. Ils ont suivi. la voiture en criant : “  - Vive Victor Hugo ! ”

- Pendant que ce peuple enthousiaste criait : “ - Vive la République ”, les membres de l'Assemblée sortaient et défilaient impassibles, presque furieux, le chapeau sur la tête, au milieu des têtes nues et des képis agités en l'air autour de moi par la foule. Visite des représentants Le Flô, Rochefort, Lockroy, Alfred Naquet, Emmanuel Arago, Rességuier, Floquet, Eugène Pelletan, Noël Parfait.

 - J'ai été coucher dans mon nouveau logement, rue de la Course. A partir de demain, Suzanne fera la cuisine et nous dînerons chez nous, en famille.

- J'ai écrit à Julie pour le ravitaillement de Hauteville-House depuis le 15 février jusqu'au 31 mars.

- Je n'ai plus que 2.100 frs. (en or) que j'ai serrés dans le bureau qui est dans ma chambre.

(1). Ces quelques mots nous ont été conservés; ils figurent dans Actes et Paroles, t. III, p. 67.

Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.103.

 

 

  suite du mois de février