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Année 1871. Traité de Francfort et cession de l'Alsace
et de la Lorraine (V) - Présidence d'Adolphe Thiers (1797-1877)
- Inauguration du tunnel du Mont-Cenis Deuxième recueil du Parnasse Contemporain - Zola : Les Rougon-Macquart (1871-1893, 20 vol.)
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Jeudi soir [1871]. A Auguste Vacquerie : Cher Auguste, j'ai cru devoir conseiller
à Victor la plus grande cordialité envers un homme
qui a écrit sur sa mère et sur notre deuil la page
émue que vous connaissez. Vous ne me blâmerez pas.
Quelle page poignante et puissante, le Meurtrier! Je l'ai lue ce matin, je vais la relire
ce soir. A vous profondément. V. Correspondance tome III (année
1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie
Ollendorff – Edité par l’imprimerie Nationale.
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01 janvier 1871. Louis Blanc m'adresse dans les journaux une
lettre sur la situation. - Stupeur et ébahissement de Petit
Georges et de Petite Jeanne devant la hotte de joujoux. La hotte
déballée, une grande table en a été
couverte. Ils touchaient à tous et ne savaient lequel prendre.
Georges était presque furieux de bonheur. Charles a dit : “ - C'est le désespoir de la
joie (1) ! ” - J'ai faim. J'ai froid. Tant mieux. Je souffre
ce que souffre le peuple. - Décidément, je digère
mal le cheval. J'en mange pourtant. Il me donne des tranchées.
Je m'en suis vengé, au dessert, par ce distique : Mon dîner m'inquiète et même
me harcèle, J'ai mangé du cheval et je songe à
la selle. - Les prussiens bombardent Saint-Denis. (1). De ce 1er janvier, semble
t-il, les vers qui ouvrent la section “ Janvier ” dans l'Année
terrible : “ Enfants, on vous dira plus tard... ” Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.88.
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02 janvier 1871 (1). Daumier et Louis Blanc ont déjeuné
avec nous. J'ai invité à dîner pour ce soir
d'Alton-Shée et son fils, Louis Blanc, Daumier, M. et Mme
Paul Foucher. - Louis Koch a donné à sa tante
pour ses étrennes deux choux et deux perdrix vivantes. - Ce matin nous avons déjeuné
avec de la soupe au vin. - On a abattu l'éléphant du
Jardin des Plantes. Il a pleuré. On va le manger. - Les prussiens continuent de nous envoyer
six mille bombes par jour. (1). La pièce de l'Année
terrible, “ Choix entre les deux nations ”(Septembre,
I), a été écrite ce 2 janvier 1871. Le même 2 janvier, un
arrêté nommait Charles Hugo capitaine d'état-major
de la garde nationale de la Seine. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.88.
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03 janvier 1870. - Le chauffage de deux pièces au Pavillon
de Rohan coûte aujourd'hui 10 frs. par jour. Le club montagnard demande de nouveau que
Louis. Blanc et moi soyons adjoints au gouvernement pour diriger.
Je refuse. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.89.
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04 janvier 1871. Reçu d'Hetzel, à valoir sur
Napoléon le Petit
et Les Châtiments :
1.500 frs. - Il y a en ce moment douze membres de l'Académie
française à Paris, dont Ségur, Mignet, Dufaure,
d'Haussonville, Legouvé, Cuvillier-Fleury, Barbier,Vitet. - Lune. Froid vif. Les prussiens ont bombardé
Saint-Denis toute la nuit. - De mardi, à dimanche, les Prussiens
nous ont envoyé vingt-cinq mille projectiles. Il a fallu
pour les transporter deux cent vingt wagons. Chaque coup coûte
60 francs; total : 1.500.00 francs. Il y a eu une dizaine de tués.
Chacun de nos morts coûte aux prussiens 150.000 francs. - Nous avons dîné seuls tous
les deux, avec Petit Georges. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.89.
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05 janvier 1871. Le bombardement s'accentue de plus en plus.
-On bombarde Issy et Vanves. - Le charbon manque. On ne peut plus blanchir
le linge, ne pouvant le sécher. Ma blanchisseuse m'a fait
dire ceci par Mariette : “ - Si M. Victor Hugo, qui est si puissant,
voulait demander pour moi au gouvernement un peu de poussier, je
pourrais blanchir ses chemises. ” - J'étais aux Feuillantines, un obus
est tombé près de moi (1). - Outre mes convives ordinaires du jeudi,
j'ai eu à dîner Louis Blanc, Rochefort, Paul de Saint-Victor
et Louis Koch. Mme jules Simon m'a envoyé du fromage de Gruyère.
Luxe énorme. Nous étions treize à table. - Premières personnes tuées
dans Paris par le bombardement : quatre rue Gay-Lussac, deux près
du Val-de-Grâce. (1). Cf. la pièce VI de
la section “ janvier ” dans l'Année terrible :
“ Une bombe aux Feuillantines. ” manuscrit daté de janvier
1871. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.89.
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06 janvier 1871. Au dessert, hier, j'ai offert des bonbons
aux femmes et j'ai dit : Grâce à Boissier, chères colombes, Heureux, à vos pieds nous tombons; Car on prend les forts par les bombes, Et les faibles par les bonbons. - Les parisiens vont, par curiosité,
voir les quartiers bombardés. On va aux bombes comme on irait
au feu d'artifice. Il faut des gardes nationaux pour maintenir la
foule. Les prussiens tirent sur les hôpitaux. Ils bombardent
le Val-de-Grâce. Leurs obus ont mis le feu cette nuit aux
baraquements du Luxembourg pleins de soldats blessés et malades,
qu'il a fallu transporter, nus et enveloppés comme on a pu,
à la Charité. Barbieux les y a vus arriver vers une
heure du matin. - Seize rues ont déjà été
atteintes par les obus. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.90.
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07 janvier 1871. Dépense de la semaine au pavillon
de Rohan : 665 frs. 25. - Sec. à Stancemont, 15 frs. - La rue des Feuillantines, percée
là où fut le jardin de mon enfance, est fort bombardée. - Ma blanchisseuse, n'ayant plus de quoi
faire du feu et obligée de refuser le linge à blanchir,
a fait à M. Clemenceau, maire du IXe arrondissement, une
demande de charbon, en payant, que j'ai apostillée ainsi:
“ Je me résigne à tout pour la défense
de Paris, à mourir de faim et de froid, et même à
ne pas changer de chemise. Pourtant je recommande ma blanchisseuse
à M. le maire du IXe arrondissement. ” - Et j'ai signé.
Le maire a accordé le charbon. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.90.
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08 janvier 1871. (1) Camille Pelletan nous a apporté du
gouvernement d'excellentes nouvelles Rouen et Dijon repris, Garibaldi
vainqueur à Nuits et Faidherbe à Bapaume. Tout va
bien. - On mangeait du pain bis, on mange du pain
noir. Le même pour tous. C'est bien. - Les nouvelles d'hier ont été
apportées par deux pigeons. - Une bombe a tué cinq enfants dans
une école rue de Vaugirard. - Ont déjeuné avec nous Victor,
Vacquerie, d'Alton-Shée, Châtillon. - Récapitulation de ce que j'ai donné
depuis mon arrivée à Paris, en sommes de 5, 10 et
15 frs. 4.965 frs. En outre, la somme de mes droits d'auteur sur
les lectures des Châtiments, etc., sur tous les théâtres
et dans toutes les salles de Paris, somme dont j'ai fait l'abandon,
dépasse 25.000 frs. - Les représentations et les lectures
ont dû cesser, les théâtres n'ayant plus de gaz
pour l'éclairage et de charbon pour le chauffage. - Mort de Prim (2). Il a été
tué à Madrid d'un coup de pistolet le jour où
le roi de sa façon, Amédée, duc de Gênes,
entrait en Espagne. - Le bombardement a été furieux
aujourd'hui. Un obus a troué la chapelle de la Vierge à
Saint-Sulpice où ma mère a été enterrée
et où j'ai été marié (3). - J'ai été voir Mlle Louise
Bertin. (1). Ce 8 janvier 1871, Hugo écrit
deux pièces : “ A qui la victoire définitive ? ”
(Année terrible; Décembre, IX) manuscrit daté
de la même écriture que les dix derniers vers, ajoutés
après coup : “ Paris assiégé. 8 janvier
1871. ” et “ A des régiments découragés ”
(Toute la Lyre, la Corde d'Airain, 2). Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, &
notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.91.
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08 janvier 1871. A Edgar Quinet : Cher Quinet, les bombes tombent chez vous,
je les attends chez moi. Je ne crains rien pour vous qui êtes
un de ceux sur qui Dieu veille, mais j'ai besoin de vous envoyer
mon plus tendre serrement de main, ainsi qu'à votre noble
femme. Tuus. VICTOR H. Correspondance tome III (année
1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie
Ollendorff – Edité par l’imprimerie Nationale.
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10 janvier 1871(1). Bombes sur l'Odéon. Envoi d'un éclat d'obus par Chifflard.
Cet obus, tombé à Auteuil, est marqué H. Je
m'en ferai un encrier. (1). Du 10 janvier 1871 la “ Lettre
à une femme ” (Année terrible; Janvier, II). Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.91.
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11 janvier 1871. Envoyé une couverture à Mme
Lanvin (1). Petit Georges a envoyé un joujou au petit Lanvin. (1). C'est par Juliette Drouet
que Hugo, jadis, avait connu les Lanvin. Il ne cessera pas de leur
être bienfaisant. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.92.
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12 janvier 1871 (1) Mlle Raucourt; osc. Mme de Givodan. - Le pavillon de Rohan me demande, à
partir d'aujourd'hui, 8 francs par tête pour le dîner,
ce qui avec le vin, le café, le feu, etc., porte le dîner
à 13 francs par personne. - Nous avons mangé ce matin un beefsteak
d'éléphant. - Ont dîné avec nous Schœlcher,
Rochefort, E. Blum, et tous nos convives ordinaires du jeudi. Nous
étions encore treize. Après le dîner, Louis
Blanc, Paul Foucher, Pelletan. (1). Le 12 janvier 1871, Hugo
écrit la petite pièce : “ Autrefois j'ai connu Ferdousi
... ” qu'il publiera en 1883 dans la troisième série
de sa Légende des Siècles et qui, dans l'édition
définitive, forme la pièce, n° III des Esprits
(Légende, XXXVIII). Ces vers développent une brève
note en prose qu'on trouvera dans Pierres, p. 252. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.92.
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13 janvier 1871. Un œuf coûte 2 frs. 75. La viande d'éléphant
coûte 40 frs. la livre. Un sac d'oignons, 800 frs. - Mlle Louise David. - Mlle Marguerite Héricourt, 14, square
Montholon; osc. - Mme Bouclier. - Ed. Lockroy, qui part cette nuit pour les
avant-postes avec le bataillon qu'il commande, est venu dîner
chez moi. - J. J. a passé la journée
à chercher un autre hôtel. Rien n'est possible. Tout
est fermé. - Dumas n'est pas mort. Sa fille, Mme Marie
Dumas, écrit qu'il se porte bien. - Dépense de la semaine au pavillon
de Rohan (y compris un carreau cassé (4. frs.) : 701 frs.
50. - J'ai eu à dîner mon neveu
Léopold Hugo. Après le dîner, foule chez moi
(1). (1). Sur le verso de la page précédente,
Hugo a collé cette coupure du Rappel (13 janvier) : C'est aujourd'hui que la Société
des gens de lettres offre au gouvernement de la Défense Nationale
les deux canons Victor-Hugo
et les Châtiments que
lui a gagnés la récitation des principales pièces
du terrible poème aere perennius. Les membres de la Société
qui voudront être de la fête sont invités à
se trouver à une heure très Précise au square
des Arts et Métiers. Le poète a placé
sous ce texte la note suivante : “ La Société des
gens de lettres m'a demandé d'assister à la remise
des canons à l'Hôtel de Ville. Je me suis excusé.
Je n'irai pas. ” Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.92.
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[14 janvier] 1871 (1). Un mot d'une femme pauvre sur le bois fraîchement
abattu: “ - Ce malheureux bois vert! On le met au feu; il ne s'attendait
pas à ça; il pleure tout le temps!” - Le pape dit de l'abbé Dupanloup
: “ -L'évêque d'Orléans a un chemin de fer dans
la tête. ” - Sec. à Montau (2), 15 frs. (1). Hugo a oublié d'inscrire
la date. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.
92
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15 janvier 1871, 2 heures. Bombardement furieux en ce moment. - Je fais les vers Dans le
Cirque (1). Après le dîner, je les
ai lus à mes convives du dimanche. Ils me demandent de les
publier. Je les donne aux journaux. (1). “ Dans le Cirque ” forme la pièce
IX de la section “ Janvier ” dans l'Année terrible; le manuscrit
porte, au bas, cette indication : “ Paris, 15 janvier 1871.
Pendant qu'on bombarde. ” Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.93.
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16 janvier 1871. Mes vers Dans le Cirque ont paru. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.93.
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17 janvier 1871. Le bombardement depuis trois jours n'a discontinué
ni jour ni nuit. - Petite Jeanne m'a grondé de ne pas
la laisser jouer avec le mouvement de ma montre. - Tous les journaux reproduisent les vers
Dans le Cirque. Ils pourront être utiles. - Louis Blanc est venu ce matin. Il me presse
de me joindre à lui et à Quinet pour exercer une pression
sur le gouvernement. Je lui ai répondu : “ - Je vois plus
de danger à renverser le gouvernement qu'à le maintenir.
” - Marie Chauffour. Osc. 3 photogr. 10 frs. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.93.
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18 janvier 1871. Visite du Comité des gens de lettres. - Mlle O. Audouard. Osc. L'ouvrière M. Chauffour rapporte les
gilets, 10 frs. M. Krupp fait des canons contre les ballons. - Il y a un coq dans mon petit jardin. Hier
Louis Blanc déjeunait avec nous. Le coq chanta. Louis Blanc
s'arrête et me dit : “ - Ecoutez. - Qu'est-ce ? - Le coq
chante. - Eh bien ? - Entendez-vous ce qu'il dit ? - Non. - Il dit
: Victor Hugo ! ” Nous écoutons, nous rions. Louis Blanc avait
raison. Le chant du coq ressemblait beaucoup à mon nom. - J'émiette aux poules notre pain
noir. Elles n'en veulent pas. - Ce matin, on a commencé une sortie
sur Montretout. On a pris Montretout. Ce soir les prussiens nous
l'ont repris (1). (1). Ce 18 janvier 1871, Hugo
écrit la pièce : “ Après les victoires
de Bapaume, de Dijon et de Villersexel ” (Année terrible;
Janvier, X). Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.93.
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20 janvier 1871. Sec. à la Vve Matil (4. enfants);
poële, suisse, osc. - Mme Vve Godot; osc., poële. - L'attaque sur Montretout a interrompu le
bombardement. - Un enfant de quatorze ans a été
étouffé dans une foule à la porte d'un boulanger. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.94.
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21 janvier 1871. Louis Blanc vient me voir. Nous tenons conseil.
La situation devient extrême et suprême. La mairie de
Paris demande mon avis. - Sec. à C. Tauban. Aristote (1),
15 frs. - Louis Blanc a dîné avec nous.
Après le dîner, sorte de conseil auquel a assisté
le colonel Laussedat. - Dépense de la semaine au pavillon
de Rohan 760 frs. 55. (1). Dans le langage convenu des
carnets, “ Aristote ” désigne les incommodités
mensuelles de la femme; Hugo avait-il choisi ce nom en raison de
la “ sagesse ” temporaire qu'imposent à l'amant
ces inconvénients féminins ? (Inutile, je pense, de
préciser que “ C. Tauban ” est Constance Montauban.) Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.94.
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22 janvier 1871. Les prussiens bombardent Saint-Denis. - D'Alton-Shée. Mlle Périga.
Tas de papiers brûlés. Dumas fils écrit que son père
est mort. Manifestation tumultueuse à l'Hôtel
de Ville. Trochu se retire. Rostan vient me dire que la mobile bretonne
tire sur le peuple. J'en doute. J'irai moi-même s'il le faut. - J'en reviens. Il y a eu attaque simultanée
des deux côtés. J'ai dit à des combattants qui
me consultaient : “ - Je ne reconnais pour français que les
fusils qui sont tournés du côté des prussiens. ” - Rostan m'a, dit : “ - Je viens mettre mon
bataillon à votre disposition. Nous sommes cinq cents hommes.
Où voulez-vous que nous allions ? ” Je lui ai demandé
: “ - Où êtes-vous en ce moment ?
” Il m'a répondu : “ - On nous a massés du côté
de Saint-Denis qu'on bombarde. Nous sommes à la Villette.
” Je lui ai dit : “ - Restez-y. C'est là que je vous
eusse envoyés. Ne marchez pas contre l'Hôtel de Ville;
marchez contre la Prusse. ” Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, &
notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.95.
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23 janvier 1871. Hier soir, conférence chez moi. Outre
mes convives du dimanche, Rochefort et son secrétaire Mourot
avaient dîné avec moi. . Sont venus le soir Rey et Gambon. Ils m'ont
apporté, avec prière d'y adhérer, l'un le programme
affiché de Ledru-Rollin (assemblée de 200 membres),
l'autre, le programme de l'Union républicaine (50 membres).
J'ai déclaré n'approuver ni l'une ni l'autre des deux
solutions. - Chanzy est battu. Bourbaki réussit.
Mais ni l'un ni l'autre ne marchent sur Paris. Enigme dont je crois
entrevoir le secret. Bêtise ou trahison. - Un inventeur vient de m'apporter un projet
de bouclier-barricade en fer pour les troupes en ligne de bataille. - Le bombardement semble interrompu. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.95.
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24 janvier 1871. Ce matin, Flourens est venu. Il m'a demandé
conseil. Je lui ai dit : “ - Nulle pression violente sur la situation.
” Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.96.
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25 janvier 1871. Société des gens de lettres.
- Mlle Eugénie Quinault; osc. - Mlle Louise David; osc., - On dit Flourens arrêté. Il
l'aurait été en sortant de me voir. - J'ai fait manger deux œufs frais à
Georges et à Jeanne. - M. Dorian est venu ce matin voir mes fils
au pavillon de Rohan. Il leur a annoncé la capitulation imminente.
Affreuses nouvelles du dehors. Chanzy battu, Faidherbe battu, Bourbaki
refoulé. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.96.
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26 janvier 1871. Mme de Rathstein (1845) (1). M. d'Estrem (2).
Le Comité des gens de lettres. - Sec. à Eve Marguerite. n. de Strasbourg.
2 frs. (16, rue Saint-Georges, au second (3). (1). Il faut comprendre, sans
doute, que cette Mme de Rathstein, dont je ne sais rien, Hugo l'avait
rencontrée en 1845. Le Gaulois nous donne des nouvelles
des deux canons achetés par la Société des
gens de lettres avec le Produit de la lecture des Châtiments;
le Victor-Hugo est au bastion 77 d'où il tire sans discontinuer;
le Châtiment
est au bastion 78 et a pour pointeur un peintre, M. Masson. Le Châtiment
a fait sauter une poudrière du plateau de Chatillon. Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, &
notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.96.
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27 janvier 1871. Schœlcher est venu m'annoncer qu'il donnait
sa démission de colonel de la légion d'artillerie. - On est encore venu me demander de me mettre
à la tête d'une manifestation contre l'Hôtel
de Ville. J'ai refusé. Toutes sortes de bruits courent. J'invite
tout le monde au calme et à l'union. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.96.
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28 janvier 1871 . Bismarck et Fabre apposent leurs signatures
au bas d'une convention qui stipule en quinze articles les termes
de la capitulation de Paris. Les clauses principales de cette convention
sont les suivantes: -
Armistice de vingt et un jours -
Elections les 8 février -
Convocation de la nouvelle Assemblée nationale
le 12 février - Occupation des forts par les Allemands mais
pas de la ville elle-même - La garde nationale et une division de ligne
conservent leur armes Paiement par la ville de Paris d'une contribution
de guerre de deux cents millions de francs.
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28 janvier 1871. Bismarck, dans les pourparlers de Versailles,
a dit à jules Favre : “ - Comprenez-vous cette grue d'impératrice
qui me propose la paix ? ” - Louis Blanc a déjeuné avec
nous. - Mlle Amélie Désormeaux. n.
poële. - Sec. à Banconstant (1), 15 frs. Le froid a repris. - Ledru-Rollin demande à s'entendre
avec moi (par Brives). - Petite Jeanne est un peu souffrante. Doux
petit être ! - Léopold me contait ce soir qu'il
y avait eu dialogue à mon sujet entre le pape Pie IX et Jules
Hugo, mon neveu, frère
de Léopold, mort camérier du pape (2). - Le pape avait dit à Jules en le
voyant : “ - Vous vous appelez Hugo? - Oui, Saint-Père. -
Vous êtes parent de Victor Hugo ? - Son neveu, Saint-Père.
- Quel âge a-t-il ? (c'était en 1857). -Cinquante-cinq
ans. -Hélas ! il est trop vieux pour revenir à l'Église ! ” - Charles me dit que Jules Simon et ses deux
fils ont passé la nuit à dresser des listes de candidats
possibles pour l'Assemblée nationale. - Cernuschi se fait naturaliser citoyen français. (1). Hugo, visiblement, s'amuse
à varier les pseudonymes de sa protégée. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.97.
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29 janvier 1871. L'armistice a été signé
hier. Il est publié ce matin. Assemblée nationale.
Sera nommée du 5 au 18 février. S'assemblera à
Bordeaux. - Petite Jeanne va un peu mieux. Elle m'a
presque souri. - Plus de ballon. La poste. Mais les lettres
non cachetées. Il neige. Il gèle. Un nain qui
veut faire un enfant à une géante. C'est là
toute l'histoire du gouvernement de la Défense Nationale.
Avortement. Je suis venu à Paris dans l'espérance
d'y trouver un tombeau. J'irai à Bordeaux avec la pensée
d'en remporter l'exil. (1) (1). Avant même les élections
du 8 février 1871, Hugo est sans illusions sur la composition
de la future Assemblée; il ne doute pas qu'elle ne soit âprement
conservatrice; à peine arrivé à Bordeaux, il
songera à démissionner.) Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, &
notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.97.
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30 janvier 1871. Petite Jeanne est toujours abattue et ne
joue pas. - Mlle Louise Périga. Osc. - Louise David. Osc. - Mlle - Périga m'a apporté
un œuf frais pour Jeanne. Carnets Intimes de Victor Hugo
1870 – 1871, & notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.97.
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31 janvier 1871. Petite Jeanne est toujours souffrante. C'est
un petit catarrhe de l'estomac. Le docteur Allix dit que cela durera
encore quatre ou cinq jours. - Gratification à Marie, la nourrice,
5 frs. - Mon neveu Léopold est venu dîner
avec nous. Il nous a apporté des conserves d'huîtres. Carnets Intimes de Victor Hugo 1870 – 1871, &
notes de Henri GUILLEMIN – GALLIMARD 1953 p.98.
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