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Jeudi 4 [novembre
1871]. A Paul Meurice : Cher Meurice,
on peut aller aussi vite qu'on voudra. La fin de la copie est prête
(1). Seulement il me semble inutile de la donner trop tôt
pour qu'elle traîne à l'imprimerie. Les 10 premiers
mois sont donnés. Il ne me reste à donner que juin
et juillet (les plus longs, il est vrai) et l'épilogue (une
page). Votre V. (1) Copie de L'Année terrible. Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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05 novembre
1871. V. Hugo à
M. Léon Bigot avocat de
Maroteau : Monsieur, J'ai lu Votre
Mémoire ; il est excellent, j'applaudis à vos généreux
efforts. L'adhésion que vous désirez de moi, vous
l'avez entière. Je vais même plus loin que vous. La question
que vous voyez en légiste, je la vois en philosophe. Le problème
que vous élucidez si parfaitement, et avec une logique éloquente,
au point de vue du droit écrit, est éclairé
pour moi d'une lumière plus haute et plus complète
encore par le droit naturel. A une certaine profondeur,
le droit naturel se confond avec le droit social. Vous plaidez pour
Maroteau, pour ce jeune homme, qui, poète à dix-sept
ans, soldat patriote à vingt ans, a eu, dans le funèbre
printemps de 1871, un accès de fièvre, a écrit
le cauchemar de cette fièvre, et aujourd'hui, pour cette
page fatale, va, à vingt-deux ans, si l'on n'y met ordre,
être fusillé, et mourir avant que d'avoir vécu.
Un homme condamné à mort pour un article de journal,
cela ne s'était par encore vu. Vous demandez la vie pour
ce condamné. Moi, je la
demande pour tous. Je demande la vie pour Maroteau ; je demande
la vie pour Rossel, pour Ferré, pour Lullier, pour Crémieux
; je demande la vie pour ces trois malheureuses femmes, Marchais,
Suétens et Papavoine, tout en reconnaissant que, dans ma
faible intelligence, il est prouvé qu'elles ont porté
des écharpes rouges, que Papavoine est un nom effroyable,
et qu'on les a vues dans les barricades, pour combattre, selon leurs
accusateurs, pour ramasser les blessés, selon elles. Une
chose m'est prouvée encore, c'est que l'une d'elles est mère
et que, devant son arrêt de mort, elle a dit : C'est bien,
mais qui est-ce qui nourrira mon enfant ? Je demande
la vie pour cet enfant. Laissez-moi
m'arrêter un instant. Qui est-ce
qui nourrira mon enfant ? Toute la plaie sociale est dans ce mot.
Je sais que j'ai été ridicule la semaine dernière
en demandant, en présence des malheurs de la France, l'union
entre les français, et que je vais être ridicule cette
semaine en demandant la vie pour des condamnés. Je m'y résigne.
Ainsi voilà une mère qui va mourir, et voilà
un petit enfant qui va mourir aussi, par contrecoup. Notre justice
a de ces réussites. La mère est-elle coupable ? Répondez
oui ou non. L'enfant l'est-il ? Essayez de répondre oui. Je le déclare,
je suis troublé à l'idée de cette innocence
qui va être punie de nos fautes ; la seule excuse de la pénalité
irréparable, c'est la justesse ; rien n'est sinistre comme
la loi frappant à côté. La justice humaine tarissant
brusquement les sources de la vie aux lèvres d'un enfant
étonne la justice divine ; ce démenti donné
à l'ordre au nom de l'ordre est étrange ; il n'est
pas bon que nos chétifs codes transitoires et nos sentences
myopes d'ici-bas indignent là-haut les lois éternelles
; on n'a pas le droit de frapper la mère quand on frappe
en même temps l'enfant. Il me semble entendre la profonde
voix de l'inconnu dire aux hommes : Eh bien, qu'est-ce que vous faites donc là
? Et je suis inquiet quand je vois se tourner avec stupeur
vers la société le sombre regard de la nature. Je quitte
ce petit condamné, et je reviens aux autres. Aux yeux de
ceux à qui l'apparence de l'ordre suffit, les arrêts
de mort ont un avantage ; c'est qu'ils font le silence. Pas toujours.
Il est périlleux de produire violemment un faux calme. Les
exécutions politiques prolongent souterrainement la guerre
civile. Mais on me
dit : - Ces êtres misérables, dont la mise à
mort vous préoccupe, n'ont rien à voir avec la politique,
là-dessus tout le monde est d'accord ; ce sont des délinquants
vulgaires, coupables de méfaits ordinaires, prévus
par la loi pénale de tous les temps. Entendons-nous. Que tout le
monde soit d'accord sur l'excellence de ces condamnations, peu m'importe.
Quand il s'agit de juger un ennemi, mettons-nous en garde contre
les consentements furieux de la foule et contre les acclamations
de notre propre parti ; examinons autour de nous l'état de
rage, qui est un état de folie ; ne nous laissons pas pousser
même vers les sévérités que nous souhaitons
craignons la complaisance de l'innocence qui va être punie
de nos fautes ; la seule excuse de la pénalité irréparable,
c'est la justesse ; rien n'est sinistre comme la loi frappant à
côté. La justice humaine tarissant brusquement les
sources de la vie aux lèvres d'un enfant étonne la
justice divine ; ce démenti donné à l'ordre
au nom de l'ordre est étrange ; il n'est pas bon que nos
chétifs codes transitoires et nos sentences myopes d'ici-bas
indignent là-haut les lois éternelles ; on n'a pas
le droit de frapper la mère quand on frappe en même
temps l'enfant. Il me semble entendre la profonde voix de l'inconnu
dire aux hommes : Eh bien, qu'est-ce que vous faites donc là
? Et je suis inquiet quand je vois se tourner avec stupeur
vers la société le sombre regard de la nature. Je quitte
ce petit condamné, et je reviens aux autres. Aux yeux de
ceux à qui l'apparence de l'ordre suffit, les arrêts
de mort ont un avantage ; c'est qu'ils font le silence. Pas toujours.
Il est périlleux de produire violemment un faux calme. Les
exécutions politiques prolongent souterrainement la guerre
civile. Mais on me
dit : - Ces êtres misérables, dont la mise à
mort vous préoccupe, n'ont rien à voir avec la politique,
là-dessus tout le monde est d'accord ; ce sont des délinquants
vulgaires, coupables de méfaits ordinaires, prévus
par la loi pénale de tous les temps. Entendons-nous. Que tout le
monde soit d'accord sur l'excellence de ces condamnations, peu m'importe.
Quand il s'agit de juger un ennemi, mettons-nous en garde contre
les consentements furieux de la foule et contre les acclamations
de notre propre parti ; examinons autour de nous l'état de
rage, qui est un état de folie ; ne nous laissons pas pousser
même vers les sévérités que nous souhaitons
craignons la complaisance de la colère publique. Défions-nous
de certains mots, tels que délits ordinaires, crimes communs mots souples
et faciles à ajuster à des sentences excessives ;
ces mots-là ont l'inconvénient d'être commodes
; en politique, ce qui est commode est dangereux. N'acceptons pas
les services que peuvent rendre des définitions mal faites
; l'élasticité des mots correspond à la lâcheté
des hommes. Cela obéit trop. Confondre
Marat avec Lacenaire est aisé et mène loin. Certes, la
Chambre introuvable, je parle de celle de 1815, si elle fût
arrivée vingt ans plus tôt, et si le hasard l'eût
faite victorieuse de la Convention, aurait trouvé d'excellentes
raisons pour déclarer la république scélérate
; 1815 eût déclaré 93 justiciable de la pénalité
ordinaire ; les massacres de septembre, les meurtres d'évêques
et de prêtres, la destruction des monuments publics, l'atteinte
aux propriétés privées, n'eussent point fait
défaut à son réquisitoire ; la Terreur blanche
eût instrumenté judiciairement contre la Terreur rouge
; la chambre royaliste eût proclamé les conventionnels
atteints et convaincus de délits communs prévus et
punis par le code criminel ; elle les eût envoyés à
la potence et à la roue, supplices restaurés avec
la monarchie ; elle aurait vu en Danton un égorgeur, en Camille
Desmoulins un provocateur au meurtre, en Saint-Just un assassin,
en Robespierre un malfaiteur pur et simple ; elle leur eût
crié à tous : Vous n'êtes pas des hommes politiques
! Et l'opinion publique aurait dit : c'est vrai ! jusqu'au jour
où la conscience humaine aurait dit : C'est faux ! Il ne suffit
pas qu'une assemblée ou un tribunal, même traînant
des sabres, dise : - Une chose est, pour
qu'elle soit. On n'introduit pas de décret dans la conscience
de l'homme. Le premier étourdissement passé, elle
se recueille et examine. Les faits mixtes ne peuvent être
appréciés comme des faits simples ; le mot, troubles
publics, n'est pas vide de sens ; il y a des événements
complexes où à une certaine quantité d'attentat
se mêle une certaine quantité de droit. Quand la commotion
a cessé, quand les fluctuations sont finies, l'histoire arrive
avec son instrument de précision, la raison, et répond
ceci aux premiers juges: 93 a sauvé le territoire, la Terreur
a empêché la trahison, Robespierre a fait échec
à la Vendée et Danton à l'Europe, le régicide
a tué la monarchie, le supplice de Louis XVI a rendu impossible
dans l'avenir le supplice de Damiens, la spoliation des émigrés
a restitué le champ au laboureur et la terre au peuple, Lyon
et Toulon foudroyés ont cimenté l'unité nationale
; vingt crimes, total : un bienfait, la Révolution française. J'entends
garder les proportions, et je n'assimile les condamnés d'aujourd'hui
aux gigantesques lutteurs d'autrefois qu'en ce point : eux aussi
sont des combattants révolutionnaires ; à eux aussi
on ne peut reprocher que des faits politiques ; l'histoire écartera
d'eux ces qualifications, délits communs, crimes ordinaires ; et, en leur
infligeant la peine capitale, que fait-on ? on rétablit l'échafaud
politique. Ceci est effrayant. Pas en arrière.
Démenti au progrès. Babeuf, Aréna, Ceracchi,
Topino-Lebrun, Georges Cadoudal, Mallet, Laborie, Guidai, Ney, Labédoyère,
Didier, les frères Faucher, Pleignier, Carbonneau, Tolleron,
les quatre sergents de la Rochelle, Alibeau, Cirasse, Charlet, Cuisinier,
Orsini, reparaissent. Rentrée des spectres. Retourner
vers les ténèbres, faire rétrograder l'immense
marche humaine, rien de plus insensé. En civilisation, on
ne recule jamais que vers le précipice. Certes, Rossel,
Maroteau, Gaston Crémieux et les autres, ces créatures
humaines en péril, cela m'émeut ; mais ce qui m'émeut
plus encore, c'est la civilisation en danger. Mais, reprend-on,
c'est justement pour éviter le précipice que nous
reculons. Vous le voyez derrière, nous le voyons devant.
Pour nous comme pour vous, il s'agit du salut social. Vous le voyez
dans la clémence, nous le voyons dans le châtiment. Soit. J'accepte
la discussion posée ainsi. C'est la vieille
querelle du juste et de l'utile, Nous avons pour nous le juste,
cherchons si vous avez pour vous l'utile. Voilà
des condamnés à mort. Que va-t-on faire ? Les exécuter
? Il s'agit
du salut public, dites-vous. Plaçons-nous à ce point
de vue. De deux choses l'une ou cette exécution est nécessaire,
ou elle ne l'est pas. Si elle n'est pas nécessaire, de quel
nom la qualifier ? La mort pour la mort, l'échafaud pour
l'échafaud, histoire de s'entretenir la main, l'art pour
l'art, c'est hideux. Si elle est nécessaire, c'est qu'elle
sauve la société. Examinons. A l'heure
qu'il est, quatre questions sont pendantes, la question monétaire,
la question politique, la question nationale, la question sociale
; c'est-à-dire que les quatre équilibres, qui sont
notre vie même, sont compromis, l'équilibre financier
par la question monétaire, l'équilibre légal
par la question politique, l'équilibre extérieur par
la question nationale, l'équilibre intérieur par la
question sociale. La civilisation a ses quatre vents ; les voilà
qui soufflent tous à la fois. Immense ébranlement.
On entend le craquement de l'édifice ; les fondations se
lézardent, les colonnes plient, les piliers chancellent,
toute la charpente penche ; les anxiétés sont inouïes.
La question politique et la question nationale s'enchevêtrent
; nos frontières perdues exigent la suppression de toutes
les frontières ; la fédération des peuples
seule peut le faire pacifiquement, les Etats-Unis d'Europe sont
la solution, et la France ne reprendra sa suprématie que
par la république française transformée en
république continentale ; but sublime, ascension vertigineuse,
sommet de civilisation ; comment y atteindre ? En même temps,
le problème monétaire complique le problème
social ; des perspectives obscures s'ouvrent de toutes parts, d'un
côté les colonisations lointaines, la recherche des
pays de l'or, l'Australie, la Californie, les transmigrations, les
déplacements de peuples ; de l'autre côté, la
monnaie fiduciaire, le billet de banque à revenu, la propriété
démocratisée, la réconciliation du travail
avec le capital par le billet à rente ; difficultés
sans nombre, qui se résoudront un jour en bien-être
et en lumière, et qui à cette heure se résument
en misère et en souffrances. Telle est la situation. Et maintenant
voici le remède : tuer Maroteau, tuer Lullier, tuer Ferré,
tuer Rossel, tuer Crémieux ; tuer ces trois malheureuses,
Suétens, Marchais et Papavoine ; il n'y a entre l'avenir
et nous que l'épaisseur de quelques cadavres utiles à
la prospérité publique ; et plus rien ne frémira,
et le crédit s'affermira, et la confiance renaîtra,
et les inquiétudes s'évanouiront, et l'ordre sera
fondé, et la France sera rassurée quand on entendra
la voix d'un petit enfant appeler sa mère morte dans les
ténèbres. Ainsi, à
cette heure tellement extraordinaire qu'aucun peuple n'en a jamais
eu de pareille, sept ou huit tombes, voilà notre ressource
; et quand l'homme d'état, accoudé sur sa table, la
tête dans ses mains, épelant des chiffres terribles,
étudiant une carte déchirée, sondant les défaites,
les catastrophes, les déroutes, les capitulations, les trahisons,
les ignominies, les affreuses paix signées, la France épuisée
d'or par les cinq milliards extorqués et de sang par les
deux provinces arrachées, le profond tremblement de terre
de Paris, les écroulements, les engloutissements, les désastres,
les décombres qui pendent, l'ignorance, la misère,
les menaces des mines, songe à l'effrayant avenir ; quand,
pensif devant tant d'abîmes, il demande secours à l'inconnu
; quand il réclame le Turgot qu'il faudrait à nos
finances, le Mirabeau qu'il faudrait à nos assemblées,
l'Aristide qu'il faudrait à notre magistrature, l'Annibal
qu'il faudrait à nos armées, le Christ qu'il faudrait
à notre société ; quand il se penche sur l'ombre
et la supplie de lui envoyer la vérité, la sagesse,
la lumière, le conseil, la science, le génie ; quand
il évoque dans sa pensée le Deus ex machina,
le pilote suprême des grands naufrages, le guérisseur
des plaies populaires, l'archange des nations en détresse,
le sauveur ; il voit apparaître qui ? un fossoyeur, la pelle
sur l'épaule. ( Actes et paroles III - Après l'exil).
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05 novembre
1871. A Paul de
Saint-Victor : Que de choses
dans votre beau livre (1). Quelle puissante page que le Gros Guillaume!
et tant d'autres! - Je voudrais causer avec vous. Je vous dirais
mes dissidences. Sur la Prusse nous sommes d'accord, sur la Commune
aussi. Seulement l'Assemblée est pire. Vous êtes
un noble esprit, toujours tourné vers l'idéal. Nous
nous rencontrerons toujours dans la lumière. Je suis votre
ami. VICTOR HUGO. (1) Barbares et Bandits. Correspondance Tome III (année
1867-1873, addendum) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie
Ollendorff-édité par l’Imprimerie Nationale.
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7 novembre
1871. A Monsieur
Edme Laurency : Monsieur, Le livre dont
vous êtes le publicateur (1) se rattache à cette famille
de livres mystérieux dont font partie la Bible hébraïque
et les autres Bibles de l'Orient. Les Apocryphes, sur lesquels aucun
jugement saint n'a encore été porté, sont un
des groupes de ce grand ensemble d'œuvres étranges, mi-partie
d'esprit terrestre et d'esprit visionnaire. Tous ces livres, à
commencer par le Zend-Avesta et à finir par le Koran, sont
acceptés par la science comme sujets d'études, et
ils offrent un sérieux intérêt aux poëtes,
qui ont pour contemplation l'idéal, et aux philosophes, qui
ont pour visées l'infini. A ce double point de vue, je lirai
votre livre. Je crois vous l'avoir dit déjà, je crois
en Dieu, parce qu'il m'est mathématiquement démontré,
et je suis de ceux qui pensent, avec Arago, qu'en dehors des sciences
exactes, on ne peut rien affirmer ni rien nier. Cette réserve
respectueuse devant le possible est la loi de ma conscience. Je
laisse ouverte la porte de ma pensée, et tout rayon y peut
entrer; mais mon œuvre, que je tâche de faire utile, demeure
personnelle, par obéissance même pour l'inconnu qui
donne à chacun de nous une fonction sur la terre; et je sens
que j'accomplis le vrai devoir humain en maintenant absolument la
liberté solitaire de mon esprit. Je vous remercie
de votre honorable dédicace, et je vous offre ma plus cordiale
sympathie. VICTOR HUGO
(2). (1)
Études sur la spiritualité. Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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Vendredi soir
10 9bre (novembre) 1871. A Auguste Vacquerie : Que vous seriez
gentil, cher Auguste, de venir dîner avec nous, en étroite
intimité, après-demain dimanche, à 7 h., 55,
rue Pigalle! Mettez ma requête aux pieds de mesdames Lefèvre.
Nous les espérons avec vous. Nous vous demanderons de venir
ainsi une fois toutes les semaines, avec Ernest Lefèvre quand
il sera là. Vous ne nous refuserez pas. C'est si bon de s'aimer
de près ! Votre vieux
compagnon d'exil. V. Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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10 novembre
1871. A Jules Janin: Mon éminent
confrère, je n'étais pas hier à l'Institut,
j'y étais pourtant; ma présence publique vous était
inutile; mais vous savez bien que mon cœur et mon esprit étaient
là où l'on vous applaudissait. Je suis fier d'être
nommé dans votre noble et beau discours. Vous appartenez
à la grande académie historique, composée des
seuls noms qui surnagent, très diverse, une pourtant; vous
êtes dans cette légion d'esprits une lumière.
Il y a en vous quelque chose d'Horace et quelque chose de Diderot;
on vous écoute comme le premier et l'on vous aime comme le
second. Je suis à vous de tout mon cœur. VICTOR HUGO (1). (1) CLÉMENT JANIN. -
Victor Hugo en exil.
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Paris, 14
novembre 1871. A Madame Eugène
Garcin : Je vous remercie,
Madame, de m'avoir fait lire votre page éloquente et indignée
contre les bourreaux de la terreur blanche (1). Non, la peine de
mort politique ne sera pas rétablie. Cette dernière
honte sera épargnée à la France. Malheur à
ceux qui relèveraient l'échafaud ! Je fais, Madame,
le même effort que vous. Quelles que soient les férocités
béantes, dans la minute étrange où nous sommes,
j'espère que nous leur ferons obstacle, et que la justice,
identique parfois à la clémence, prévaudra. Vous avez
bien voulu vous souvenir de mon nom, je mets à vos pieds,
Madame, mes remerciements et mes respects. VICTOR HUGO
(2). (1) Condamné à mort! L'Avenir (du Gers et du Sud-0uest),
11 novembre 1871. - (2) L'Avenir, 16 novembre 1871.
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15 novembre 1871 A Magloire CAPRON j'ai vivement regretté de ne pouvoir assister à la séance de votre comité (1). Mon intercession réclamée pour les condamnés à mort me prend en ce moment la plus grande partie de mon temps. Je suis habituellement chez moi entre midi et une heure, et je serais charmé d'avoir l'honneur de vous recevoir. Ayez l'assurance de mes sentiments très distingués. Victor HUGO" (1) Comité pour la réhabilitation de John BROWN. enveloppe timbrée -Monsieur CAPRON 29, avenue d'Orléans-.
20 9bre (novembre). A Paul Meurice : Cher doux
ami, encore un souci que je vous donne. Mais quelle idée
avez-vous d'être ma providence! cela vous accable d'ennuis.
Voici la déclaration à intercaler dans la note relative
au dénouement de l'incident belge. Cela fait, le volume est
complet, qu'on m'envoie épreuve, et l'on peut paraître. Tuus. V. N'êtes-vous
pas d'avis qu'il faudrait clicher ce volume? Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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Paris, 26
novembre 1871. A Monsieur
Léo Neddy : Vous me communiquez,
en manuscrit, le remarquable travail intitulé 30 novembre.
- Champigny et signé Léo Neddy. Vous me demandez ce
que j'en pense, je réponds : - publiez-le. II faut que
le jour se fasse sur la déplorable défense de Paris;
cet affreux siège, terminé par une capitulation fatale,
se résume en deux mots : Peuple héroïque, Chefs
incapables. Débloquer Paris était possibles Paris
débloqué, c'était la France sauvée. Commencer
l'histoire est le devoir des contemporains; l'achever est le droit
de la postérité. Je vous félicite de commencer,
et je vous engage à continuer. VICTOR HUGO
(1). (1) Lettre publiée en tête de la brochure
: 30 novembre. Champigny. Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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Mardi 27 [novembre
1871]. A Paul Meurice : Cher Meurice,
voici ce qu'attend M. Mosler (1). Il m'a semblé qu'il valait
mieux séparer ma réclamation et ne pas la mêler
à la lettre d'envoi des 4.500 fr. Est-ce votre avis ? Il importe
que M. Aymard ne se dessaisisse des deux traites qu'en recevant
le traité de mon fils avec M. Lacroix. Nous avons affaire
à la mauvaise foi même. Je n'ai absolument
rien reçu de l'Odéon. A vous profondément. V. (1) Le chargé d'affaires entre les mains duquel
Lacroix avait remis le différend du traité Charles
Hugo. Correspondance tome III (année 1867 – 1873)
Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff –
Edité par l’imprimerie Nationale.
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