Année 1872.

École libre des Sciences politiques - Société de législation comparée - T. Adams invente le chewing-gum.

Alphonse Daudet : Tartarin de Tarascon - Création de Nature et de la Critique philosophique par C. Renouvier.

 

 

Samedi 1872.

A Paul Meurice :

Cher Meurice, rien ce matin; à 5 heures, moi absent, on a apporté 100 exemplaires, édition du Rappel; c'est-à-dire justement ceux qui ne peuvent me servir. Que faire ? Remporter ceux-ci et en apporter d'autres. Sans doute ; mais que de peine tout cela vous donne! Je suis tout en colère contre ceux qui ont fait ce mistake. Pardonnez-moi tous ces ennuis.

En attendant, le temps se passe, et les exemplaires devraient être en route pour leurs destinataires.

Il faudrait que M. Claye fit reprendre ces 100 Rappel et m'en envoyât cent autres.

A vous.

V.

 

 

Samedi, 6 h. du soir.

A Paul Meurice

Il me semble que la dédicace (1) serait bien ainsi. Qu'en pensez-vous ?

Vous me rendriez un fier service de faire retrouver par un feuilleteur dans les bureaux du Rappel, la phrase de Trochu sur mon képi (dans son premier discours). Demain je vous enverrai les quelques lignes à mettre en tête du livre.

Tout mon vieux cœur est à vous.

V.

Voilà Lafontaine qui vient de la part de M. Boulet me demander Marie Tudor pour la Gaîté.

(1) Dédicace de L'Année terrible.

Correspondance tome III (année 1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff – Edité par l'imprimerie Nationale.

 

 

02 janvier 1872.

Lecture de Ruy-Blas aux acteurs (1) rassemblés (chez lui)

Théâtre de la Porte Saint-Martin.

 

 

04 janvier 1872.

Grande bataille de tous les journaux pour et contre moi à l'occasion de l'élection du 7 janvier.

"Le Français" présente Hugo comme " Le candidat en quelque sorte officiel de la Commune)

 

 

06 janvier 1872.

La préfecture de police tracasse le plus qu'elle peut mon élection. On a retardé l'apposition des affiches jusqu'au soir en exigeant ma signature sur trois épreuves. Le jour, très court, a fini pendant ces va-et-vient. En même temps on favorise les affiches Vautrain qui couvrent les murs. Je doute fort que je sois élu.

 

 

Élections du 7 janvier 1872

VICTOR HUGO

MANDAT CONTRACTUEL

ARRÊTÉ PAR LE COMITÉ DE LA RUE BRÉA ET PAR LE COMITÉ ÉLECTORAL

DES TRAVAILLEURS, ADOPTÉ DANS DIFFÉRENTES RÉUNIONS PUBLIQUES

Considérant que le mandat contractuel est le seul moyen qui mette en évidence

la volonté ferme et nette du collège électoral.

Les électeurs ont arrêté le programme suivant, qui est adopté.

 par les représentants

Qui sera nommé le 7 janvier 1872 :

1. Amnistie pour tous les crimes et délits politiques. – Enquête sur les événements de mai et juin 1871.- Abolition de la peine de mort en toute matières.

2 . Proclamation définitive de la République. –Dissolution, dans le plus bref délai, de l’Assemblée actuelle, et nomination d’une Assemblée constituante chargée de faire une constitution républicaine.

3. Retour à Paris du gouvernement et de l’Assemblée. – Levée de l’état de Siège dans Paris et dans les départements.

4. Service militaire obligatoire et personnel pour tous les citoyen de la République française, sauf les seuls cas d’incapacité physique.

5. Instruction primaire gratuite, obligatoire et laïque. – Instruction secondaire gratuit  et laïque.

6. Séparation absolue de l’Église et de l’Etat. – Rétribution des ministres de tout culte à la charge exclusive de ceux qui les emploient.

7. Liberté absolue d’association .- Liberté de réunion.- liberté de la presse.- Abolition des procès de Presse, excepté en matière civile.

8. Nomination à l’élection des maires et adjoints de toutes les communes, sans aucune exception.

9. Restitution au département, à l’arrondissement , au canton et à la commune de tout ce qui est le leur ressort

10. Réforme de la magistrature.- Suppression de l’inamovibilité.- Extension des attribution du jury.

11. Impôt vraiment proportionnel sur le revenu.

12. Exclusion de toutes les monarchie, sous quelque forme qu’elles se présentent.

13. Le programme ci-dessus constitue un mandat contractuel que le représentant a accepté et signé.

14. La sanction qui doit consacrer le mandat contractuel sera la démission du Représentant, qui pourra, dans le cas d’infraction au présent contrat, lui être demandée par le jury d’honneur tiré au sort parmi les représentants républicains de L’Assemblée, ayant signé, eux aussi, le mandat contractuel.

              Paris, le 28 décembre 1871.

                                                 VICTOR HUGO.

Les délégués du Comité électoral de la rue Bréa.

De LANNESSAN, PAULIAT, MONPROFIT.

Les délégués de Comité électoral des travailleurs

PIERRE CÉNAC,  BONHOURE.

Les Comités Républicains Radicaux aux Electeurs de la Seine

Victor Hugo vient de signer avec le peuple de Paris un contrat qui en fait son

Représentant nécessaire.

Victor Hugo et Paris, la grande ville et le grand poète ne font qu’un !

Parisien ! et vous surtout travailleurs ! bous n’avez qu’un seul nom à déposer

Dans l’urne ; il faut que ce non soit celui de VICTOR HUGO :

———

Paris. Imp. Balitout, Questoy et Cie, rue Baillif 7.

 

Programme de Victor Hugo aux élections partielles du 7 janvier 1872

Dans le département de la Seine.

Maison de Victor Hugo.

 

 

07 janvier 1872.

La Gazette de France du 07 janvier 1872 le traite de fou, et le Journal des Débats du même jour fait appel à la " majorité sensée " de la population... L'extrême droite, devant deux candidats républicains, préconise l'abstention.

 

 

Le 7 janvier 1972, Paris avait à choisir un représentant ou un député a choisi un député.

A minuit, Victor est venu me dire le résultat de l'élection. Comme je m'y attendais, je n'ai pas été nommé. J'ai eu 93.123 voix, M. Vautrain 121.158. Environ 150.000 électeurs manquent, rayés, déportés ou fusillés.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

07 janvier 1872.

Les élections partielles ont lieu sous le régime de la loi élec­torale de 1849, dans le cadre départemental.

Cette consultation du Département de la Seine concerne la ville de Paris, l'arrondissement de Saint-Denis et celui de Sceaux. S'ajoutent à ces résultats ceux des élections militaires.

L'arrondissement de Sceaux, sur quarante communes, comprend vingt-six communes de l'actuel Val-de-Marne. Victor Hugo y est battu partout, sauf à Arcueil, Fresnes et Gentilly. On trouvera ici le tableau des résultats détaillé par communes.

Les résultats définitifs pour l'ensemble du département de la Seine sont les suivants :

Vautrain : 122 435 voix.

Hugo : 95 900 Voix.

Au total, Hugo ne l'emporte que de 3 500 voix dans les quartiers populaires, où l'abstention des ouvriers a été grande. En revanche, il est battu de plus de 30 000 voix dans l'ouest de Paris.

DÉPARTEMENT DE LA SEINE. ARRONDISSEMENT DE SCEAUX.

ÉLECTION D'UN DÉPUTÉ À L'ASSEMBLÉE NATIONALE.

RÉSULTATS DU SCRUTIN DU 7 JANVIER 1872

POUR LES COMMUNES DE L'ACTUEL VAL-DE-MARNE.

Commune : 

Population 

Inscrits

Votants

Hugo

Vautrain

ARCUEIL

  5258

1221 

463 

245

187

BONNEUIL 

    331

    83 

  -  

    3 

  63

BRY-SUR-MARNE

    917

  192

  76

  16

  58

CHAMPIGNY

  2190

  509

240

  34

184

CHARENTON-LE-PONT

  7 141

1584

683

291 

371

CHEVILLY

    370

  116

  33

  10

  18

CHOISY-LE-ROI

  5099

1073

487

  99 

362

CRETEIL

  2823

  254

227

  33

190

FONTENAY-SOUS-BOIS

  5378 

  637

333

  28

294

FRESNES-LES-RUNGIS

    471

  113

  45

  23

  17

GENTILLY

  8796

1907 

514

324 

173

IVRY

13 163

1825

713 

291

400

JOINVILLE-LE-PONT

   2380 

  451

183

  51

122

L'HAY

    607

  124

  52

   8 

  35

MAISONS-ALFORT

  5890

  769

224

  94

120

NOGENT-SUR-MARNE

  6264

1426 

645

292

324

ORLY 

    704 

  180

  74

   8

  62

RUNGIS

    220

   74

  40

   1

  38

SAINT-MANDE

  6388

1036 

455

105

331

SAINT-MAUR-DES-FOSSES

  7438 

1507

640 

305

318

SAINT-MAURICE

  4340

  757

364

114 

239

THIAIS

  1364

  336

125

   8

114

VILLEJUIF

  1917

  478

209

  60

138

VINCENNES

17164 

1990 

972 

343

581

VITRY 

  3758 

  839

307

  74

227

Il y a également quelques voix pour Mac-Mahon. Victor Hugo ne l'emporte sur Vautrain que dans trois communes : Arcueil, Fresnes et Gentilly. Les résultats de Vautrain sont sans commune mesure avec ceux de 1871.

Recensement de 1872 Source : procès-verbaux des résultats numériques par commune. Archives nationales, C 3677.

 

 

08 janvier 1872.

 Il paraît que la droite est effrayée de mes voix et persiste à refuser de rentrer à Paris. Louis Blanc a entendu ce mot: Il y a donc encore 93 000 gredins à Paris.

J'ai écrit ce matin quelques lignes adressées au peuple de Paris. Paul Meurice est venu les chercher pour les envoyer aux journaux.

J'ai communiqué à Meurice une lettre anonyme qui m'avertit d'un petit complot contre Ruy Blas ayant pour but de l'interdire pour cause d'ordre publie après deux ou trois représentations. On organiserait des rixes dans la salle.

Carnets, albums, journaux, 1872. Edition chronologique, t. XV-XVI/2, p. 732.

 

 

08 janvier 1872.

Au Lendemain de l'élection, Hugo fait la déclaration suivante :

AU PEUPLE DE PARIS

Paris ne peut échouer. Les échecs apparents couvrent des triomphes définitifs. Les hommes passent, le peuple reste. La ville que l'Allemagne n'a pu vaincre ne sera pas vaincue par la réaction.

A de certaines époques étranges, la société a peur et demande secours aux impitoyables. La violence seule a la parole, les implacables sont les sauveurs ; être sanguinaire, c'est avoir du bon sens.

Le voe victis devient la raison d'état ; la compassion semble une trahison, et on lui impute les catastrophes. On tient pour ennemi public l'homme atteint de cette folie, la clémence ; Beccaria épouvante, et Las Casas fait l'effet de Marat. Ces crises où la peur engendre la terreur durent peu ; leur emportement même les précipite. Au bout de peu de temps, l'ordre faux que fait le sabre est vaincu par l'ordre vrai que fait la liberté. Pour obtenir cette victoire, aucune lutte violente n'est nécessaire. La marche en avant du genre humain ébranle pacifiquement ce qui doit tomber. Le pas grave et mesuré du progrès suffit pour l'écroulement des choses fausses.        

Ce que Paris veut sera. Des problèmes sont posés ; ils auront leur solution et cette solution sera fraternelle. Paris veut l'apaise­ment, la concorde, la guérison des plaies sociales. Paris veut la fin des guerres civiles. La fin des guerres ne s'obtient que par la fin des haines. Comment finissent les haines ? Par l'amnistie.

L'amnistie, aujourd'hui, est la condition profonde de l'ordre. Le grand peuple de Paris, méconnu et calomnié à cause de sa grandeur même, aura raison de tous les obstacles. Il triomphera par le calme et la volonté. Le suffrage universel a beau avoir des éclipses, il est l'unique mode de gouvernement ; le suffrage universel, c'est la puissance, bien supérieure à la force. Désormais, tout par le vote, rien par le fusil. La justice et la vérité ont une clarté souveraine. Le passé ne se tient pas debout en face de l'avenir. Une ville comme Versailles, qui représente la royauté, ne peut être longtemps regardée fixement par une ville comme Paris, qui personnifie la République.

Victor Hugo.

Actes et Paroles, III, Depuis l'exil.

 

 

09 janvier 1872.

Ce matin, le Radical, La Constitution, et La République Française contiennent mes paroles " au peuple de Paris ". J'ai été à l'Odéon lire aux acteurs les deux derniers actes de Ruy-Blas.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

11 janvier 1872.

Mon adresse " au peuple de Paris " est dans les journaux d'Europe. Il y a dans l'air une bêtise publique, et l'on s'étonne de ma modération.

J'ai reçu de Strasbourg dans une boite un cœur de velours rouge sur lequel est brodé cette inscription :

Alsace et Lorraine,

Reconnaissance à Victor Hugo.

La peine de Gustave Maroteau est commutée. Ils n'ont pas osé le tuer. Ils l'envoie au bagne pour la vie. Voilà leur façon de faire grâce.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

12 janvier 1872.

Les votes de l'armée commencent à être connus et sont significatifs. Dans l'armée de Lyon, sur 210 votants parisiens, 180 ont voté - pour moi, 20 pour Vautrain.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

13 janvier 1872.

Mme Veuve Gaston Crémieu m'a envoyé le portrait de son mari fusillé le 30 novembre.

 4e répétition de Ruy Blas. J'y suis allé. Sur le trajet, je voyais les passants attroupés devant les kiosques regardant une estampe publiée par l'Eclipse qui représente le soleil auquel une chandelle fait le pied de nez. Le soleil est Victor Hugo, la chandelle est Vautrain. - Une autre image : le jugement de Paris, est - faite contre moi.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

Paris, 13 janvier 1872.

A Madame Veuve Gaston Crémieux.

Madame,

Je reçois votre précieux et douloureux envoi. J'avais vu chez mon fils Charles votre vaillant mari. Tous deux sont morts.

Vivez pour vos enfants, noble veuve.

Je mets  à vos pieds mon émotion profonde.

VICTOR HUGO.

Correspondance tome III (année 1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff – Edité par l'imprimerie Nationale.

 

 

14 janvier 1872.

A Paul de Saint-Victor :

Vous êtes venu, j'ai trouvé votre carte avec un mot, et je n'étais pas là pour vous recevoir, mon éminent et cher confrère ! Que vous seriez aimable de reprendre nos gracieuses habitudes de l'an passé, et de venir quelquefois vous asseoir à notre table de famille ! Si vous ne me donnez pas contre-ordre, je vous attendrai à dîner jeudi 18,  à sept heures, rue Pigalle, 55. C'est là que nous avons dressé notre tente. Maintenant que me voilà un peu hors de l'ouragan politique, je serai bien heureux de causer avec vous de tout ce que nous aimons ensemble, et de faire reprendre à mon esprit un bain d'idéal, d'art et de poésie. Vous viendrez, n'est-ce pas? envoyez-moi un bon oui.

Tuus ex imo.

VICTOR HUGO.

Je demeure rue de Larochefoucauld 66, et je dîne en face, rue PigaIle, 55.

Correspondance tome III (année 1867 – 1873) Albin Michel Paris, imprimé par la librairie Ollendorff – Edité par l'imprimerie Nationale.

 

 

14 janvier 1872.

J'ai écrit à Rochefort, au fort Boyard. Je tâche de soutenir son courage.

Edition Chronologique, Jean Massin 1969, t XV-XVI/2, page 732.

 

 

suite du mois de janvier